Lire : Éric Fournier : La Commune n’est pas morte

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Le 18 mars 1871, le peuple parisien se soulève, le gouvernement d’Adolphe Thiers prend la fuite pour Versailles, la ville est alors aux mains des insurgé-e-s. Durant près de trois mois, ce n’est pourtant pas le chaos qui va régner sur la capitale mais bien une expérience politique tout à fait originale, une tentative de démocratie directe : la Commune.

La Commune n’est pas morte d’ Éric Fournier est un livre où histoire et mémoire se mêlent, interrogeant les différents usages politiques qui ont pu être fait de cet événement majeur de 1871 à nos jours.

Sans revenir dans le détail sur le déroulement de ces soixante-douze jours qui suivirent l’insurrection du peuple parisien, l’auteur s’attache à examiner les différentes lectures et appropriations de l’événement : mémoire versaillaise, mémoire communarde, charge symbolique du Mur des Fédérés... Comment la Commune s’est-elle constituée comme un lieu de mémoire – pour reprendre le concept de Pierre Nora – c’est à dire que des collectivités l’ont « réinvesti de son affect et de ses émotions » ?

Sans pouvoir être exhaustif l’ouvrage revient sur les principales forces politiques ayant fait usage de l’événement, de l’extrême droite aux libertaires en passant bien sûr par les communistes. On comprend alors que le contexte historique et politique joue un rôle majeur dans l’utilisation qui peut être faite de la Commune. Sa mémoire, ou plutôt ses mémoires sont en effet en constante évolution : on n’y fait pas appel de la même manière en 1871, en 1936 ou encore aujourd’hui. Au fil du temps et à la lumière du travail des historiennes et des historiens la lecture de l’événement évolue, de même que les usages mémoriels.

C’est avec une grande clarté que l’auteur parvient à exposer la multiplicité et la complexité de ces mémoires ainsi que leurs évolutions ; si une certaine rigueur scientifique est de mise la lecture de l’ouvrage n’en reste pas moins agréable. La Commune est en somme un formidable exemple des enjeux politiques de l’usage de l’histoire et ce livre se veut également être une base de réflexion pour les militantes et les militants : si la Commune n’est pas morte, il s’agit toutefois aujourd’hui de s’attacher « à saisir la singularité du passé pour espérer comprendre celle du présent », à appréhender l’objet dans toute sa diversité, dans tout ce qu’il contient d’espoirs révolutionnaires mais aussi de contradictions afin de pouvoir rendre hommage aux communards et communardes de la manière la plus fidèle.

Florian M.

• Éric Fournier, La Commune n’est pas morte, Libertalia, 2013, 196 p., 13 euros.

 
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