Lire : Goutte, « Vive la syndicale ! »

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Le dernier livre de ce camarade syndicaliste révolutionnaire défend de bons principes, mais comporte aussi quelques angles morts.

Les livres cherchant à réfléchir l’action syndicale sont rares aujourd’hui. Suffisamment pour saluer la parution du dernier livre de Guillaume Goutte.

L’auteur est correcteur de presse, militant CGT, démissionnaire du groupe anarchiste Salvador-Segui de la Fédération anarchiste et désormais membre des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR).

On ne peut que partager l’essentiel des analyses de ce petit texte : la nécessité de redonner corps à la solidarité et à la sociabilité de classe, notamment via les unions locales et départementales interprofessionnelles ; l’importance de la grève comme moment de rupture avec l’ordre capitaliste et comme axe du rapport de force ; le besoin de s’affranchir de la grève par procuration et de réfléchir plutôt aux conditions de sa généralisation ; la volonté d’autonomie du syndicalisme, garantie de sa capacité politique.

Critiques injustes

Structuré en deux parties, l’ouvrage revient d’abord sur la lutte contre les lois Travail avant de revenir sur la stratégie syndicaliste révolutionnaire. Tout en concédant qu’il faut renouveler les modalités d’apparitions de rue, il épingle les limites du cortège de tête comme des initiatives du type Nuit debout en insistant sur leur déconnexion d’avec les luttes en entreprises.

S’il critique sévèrement le collectif Front social, notamment pour son obsession de la critique des « directions syndicales », on s’étonne en revanche qu’il ne mentionne pas un instant l’appel et le collectif On bloque tout dont pourtant il fut activement partie prenante. Ce qui fait écho à un manque important : il n’y a pas ou très peu d’interrogations sur le cadre intersyndical. L’ensemble du livre et du propos se concentrent sur la CGT qui fait figure de seul et unique espace pour le « front unique » des exploité·es.

Un passage est consacré au mouvement libertaire, qualifié de « délité et inaudible ». Guillaume Goutte y affirme que « la plupart des organisations libertaires ont tourné le dos à l’autonomie de la classe du travail au profit d’une dynamique de parti » et se poseraient en concurrentes des organisations syndicales. Même s’il faut noter que l’auteur évoque positivement le processus de rapprochement-dépassement d’AL et de la CGA, cela n’amoindrit pas un désaccord important : contrairement à ce qu’il avance, les militantes et militants libertaires sont précisément parmi les plus attaché·es à l’auto­nomie du mouvement social !

Signalons pour finir un angle mort de l’ouvrage : celui de l’auto-organisation. Il y aurait pourtant beaucoup à dire aujourd’hui sur le rôle des assemblées générales de grève, de leur coordination… et c’est un enjeu essentiel pour les syndicalistes de lutte.

Théo Rival (AL Orléans)

  • Guillaume Goutte, Vive la syndicale ! Pour un front unique des exploités, Nada, 2018, 88 pages, 8 euros.
 
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