Lire : Graziani, « Corse libertaire »

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Ghjuvan’Petru Graziani naît à Toulon, au quartier corse. À l’époque, de nombreuses familles comme celle de GP doivent s’exiler de Corse à l’économie exsangue.

Ces familles, issues de l’école de la IIIe République, se refuseront à parler le corse durant toute leur jeunesse et se retrouvent souvent dans l’armée française, éveillant son antimilitarisme. Au retour de ses 28 mois de service militaire, GP, sans moyens, rentre à l’usine à Renault-Billancourt, où il rencontre un autre corse : Georges Cipriani, futur militant d’Action Directe. GP décrit les conditions de vie de l’époque, qui préfiguraient l’inévitable révolte.

À l’époque déjà, la base critiquait les mesures de « grèves perlées » des syndicats interrompues au bout de quelques heures. Lorsqu’éclatent les grèves de Nanterre, les ouvriers voient le mouvement étudiant avec mépris. Et s’il est vrai qu’après 68 le regard des travailleurs à l’égard du mouvement étudiant sera différent, surtout chez les jeunes ouvriers, chez les anciens restera une certaine défiance, GP se voit souvent répondre par des anciens que ces émeutes sont du « pipi de chat » à côté de celles de 1947, perçues par ceux-ci comme authentiquement révolutionnaires.

GP Graziani casse certaines illusions : pour lui, le PCF tient en permanence le mouvement des travailleurs de 1968. Cet enfermement est opéré par l’intermédiaire de la CGT qui fait fermer l’usine et refuse l’occupation : pendant la grève n’entrent que les encartés CGT dans les locaux pour les « protéger [des] casseurs gauchistes ». GP profite de la grève pour aller sur les barricades où il rencontre des militants maoïstes, ces mêmes militants souvent issus de la bourgeoisie qui rentrent après 1968 dans les usines comme « établis » afin de « conscientiser la classe ouvrière ». Les ouvriers, eux, sont sceptiques. Afin de contrecarrer l’emprise de la CGT, est créée dans l’usine une section CFDT. Graziani y adhère.

Un groupe de réflexion est créé, le GCR (Groupe Culturel Renault) conscient cependant que toute la culture révolutionnaire ne saurait se détacher de la réalité de l’usine. Ce travail d’auto-conscientisation va porter ses fruits : en 1971 ces minoritaires lancent la plus grosse grève à Billancourt de l’après guerre, une grève de trois semaines avec occupation qui sera votée par la base CGT contre la direction. Graziani ouvrira une librairie anar et soutiendra matériellement les luttes de libération nationale. Cette période va constituer un tournant de sa vie et il rentrera en Corse en 1984. Aujourd’hui, GP Graziani tient une maison d’éditions « Cismonte è Pumonti » autogérée en corse.

JP (AL Ajaccio)

• Ghjuvan Petru Graziani, Corse libertaire, Cismonte è Pumonti,134p, 12 euros

 
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