Monde du travail

Lire : Ivan Du Roy, « Orange stressé »

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Les récents suicides à France Télécom n’ont rien d’anecdotiques. Ils traduisent une pression psychologique énorme sur l’ensemble des salariés.

Ivan Du Roy essaie de comprendre pourquoi, dans ce qui était il y encore vingt ans un des pans du service public les plus efficaces, la logique capitaliste et le management par le stress ont pu faire tant de ravages, jusqu’à pousser une trentaine de personnes au suicide en 2008 et en 2009.

Pour mieux comprendre, l’auteur revient à la fin des années 1980. À cette époque, avec le traité de Maastricht, les socialistes veulent préparer la France à l’ouverture à la concurrence au niveau européen du secteur des télécoms. Michel Rocard change le statut de la Direction générale des télécoms, partie intégrante des PTT et de l’administration, en entreprises publiques indépendantes. Il prépare ainsi la privatisation, en la simplifiant juridiquement. En 1996, la droite vote la privatisation de France Telecom. Les socialistes, à l’époque dans l’opposition, attaquent férocement cette mesure et promettent de revenir dessus.

En 1997, lorsqu’ils reviennent aux affaires, ils trahissent cette promesse et introduisent France Telecom en bourse. Pendant cinq ans, avec la bénédiction du gouvernement Jospin, la direction de France Telecom mène une politique d’expansion à l’échelle mondiale avant d’être victime de l’explosion de la bulle Internet.

En 2002, France Telecom, qui était florissante en 1997 est l’entreprise la plus endettée au monde : 32 milliards soit 3 fois le PIB de la Côte-d’Ivoire. En guise de remerciement, Thierry Breton, PDG entre 1997 et 2002 devient ministre de l’Économie en 2005.

Cette politique irresponsable, ce sont les salariés de France Telecom qui vont en payer le prix. Pour survivre, France Telecom veut réduire le coût du travail en se débarrassant massivement de salariés. Or, la plupart sont fonctionnaires, et ne peuvent être licenciés. En bons capitalistes, les nouveaux managers trouvent une solution : ils se débarrassent des précaires et mettent en place un management dont l’objectif est de faire que les salariés s’en aillent d’eux-mêmes. En 2009, l’objectif est atteint, la stabilité est restaurée. Dommages collatéraux : deux salariés sur trois se disent stressés et une trentaine se suicident en 2008 et en 2009.

Cet ouvrage montre comment la droite et la gauche ont livré une partie de l’économie aux intérêts privés et les conséquences que cela a eu pour les salariés. À méditer à l’heure de la privatisation de La Poste et d’EDF.

Matthijs (AL Montpellier)

• Ivan Du Roy, Orange stressé : Le management par le stress à France Télécom, La Découverte, 2009, 252 pages, 15 euros

 
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