Lire : La Ligue d’action du bâtiment

Version imprimable de cet article Version imprimable


« L’histoire de la Ligue d’action du bâtiment (LAB) est pleine de mandales, de coups de pioches, de taudis à détruire, de camions à renverser ou d’huissiers à ridiculiser », nous annonce la quatrième de couverture.

Nous sommes dans les années 1930, en Suisse francophone, avant l’ère des « relations sociales » pacifiées et normalisées.

La lutte des classes bat alors son plein sur les chantiers genevois. Des conventions collectives ont été imposées au patronat. Il ne les respecte pas. L’État joue les Ponce Pilate. Que reste-t-il ? L’action directe pardi ! Et ceux qui se retroussent le plus volontiers les manches pour s’y colleter, ce sont, sans surprise, « les gars du Bâtiment ». Sans surprise, car le Bâtiment est alors, en Suisse comme en France, la pépinière de l’anarchosyndicalisme.

Dans ce livre de très belle facture, richement illustré, Alexandre Elsig raconte donc l’histoire oubliée de la LAB, ce bras armé de la Fédération des ouvriers sur bois et du bâtiment (FOBB), dont la section genevoise fait figure de bastion révolutionnaire au sein du très légaliste syndicalisme helvète.

C’est à Lyon que la première LAB a vu le jour, dans les années 1920. Les anarchistes genevois ont repris l’idée, sous la conduite d’un militant de grande classe : Lucien Tronchet, un maçon charismatique au nom qui tape comme un coup de brique.

Tous les samedis, la « bande à Tronchet » fait le tour des chantiers pour en chasser les « kroumirs » – appellation locale des « jaunes » – qui triment en dehors des horaires. « Tout ouvrier pris sur un chantier le samedi après-midi sera considéré comme kroumir et traité comme tel. Tout travail exécuté le samedi après-midi par des kroumirs sera démoli », prévient Tronchet en 1930 dans le journal de la FOBB. Et quand ce ne sont pas les kroumirs qu’on menace, ce sont les militants du syndicat chrétien-social, cul et chemise avec le patronat.

Sur fond de crise économique, de montée du fascisme et de guerre d’Espagne, Elsig produit une étude très documentée sur la LAB, traversée tout du long par la personnalité de Tronchet. Le lecteur peut se sentir frustré par les libertés prises avec la chronologie, qui éparpillent le récit et dissocient parfois les faits de leur contexte. Pour le reste, le livre est instructif et, on l’aura compris, réjouissant.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

  • Alexandre Elsig, La Ligue d’action du bâtiment – L’anarchisme à la conquête des chantiers genevois dans l’entre-deux-guerres, Editions d’en bas & Collège du Travail, 2015, 183 pages, 17 euros.
 
☰ Accès rapide
Retour en haut