Lire : Lagrange, « Le déni des cultures »

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Paru en septembre dernier, Le Déni des cultures n’est pas le type d’ouvrage que nous chroniquons habituellement dans le mensuel Alternative libertaire. En effet, la thèse de cet ouvrage, qui porte sur l’immigration est que, oui, la délinquance est à attribuer à la culture familiale des délinquants et plus particulièrement à celle des immigrés noirs africains. Normalement, nous laissons ce genre d’élucubration au Front national et à la fange qui gravite autour. Malheureusement, cet ouvrage ne vient pas d’un fasciste en herbe sans aucune source de crédibilité autre que sa hargne et sa frustration, mais d’un sociologue reconnu, chercheur au CNRS, Hugues Lagrange, ce qui nous a amené à parler de ce livre.

Dans son ouvrage, en se référant à des méthodologies issues de la sociologie américaine (École de Chicago), Lagrange compare, dans les zones urbaines sensibles, les taux de présence d’immigrés de diverses origines et les taux de délinquance. Pour lui la délinquance a des origines culturelles liées aux us et coutumes familiaux des immigré-e-s. Son argument « massue » consiste à dire que les régions les plus pauvres comme par exemple le Cantal ne connaissent pas de taux de délinquance plus élevé qu’en Seine-Saint-Denis, département pourtant plus riche.

Les conclusions de l’ouvrage sont décapantes pour ne pas dire ridicules : grâce à sa méthodologie « scientifique », l’auteur peut affirmer que les émeutes de novembre 2005 sont le fait des jeunes noirs du Sahel (alors que 60 % des 3 000 arrestations concernent des jeunes d’origine européenne). Encore plus fort, grâce à sa méthode miracle, l’auteur « prouve » qu’à cause de leur culture, les jeunes Maghrébins commettent deux fois plus de délits que les Français de « souche », que les noirs d’origine subsaharienne commettent trois fois plus de délits et que les jeunes noirs originaires du Sahel (Sénégal, Mali, Niger) commettent six fois plus de délits que les jeunes Français de « souche ». L’ouvrage se conclut sur un vibrant plaidoyer pour l’instauration de statistiques raciales.

Inutile de dire que ces conclusions sont fausses. En termes méthodologiques, malgré un vernis de scientificité, les thèses de Lagrange, ne méritent pas l’appellation de sciences sociales. La mise en relation de l’origine des immigrés et les taux de délinquance sans prendre en compte les autres facteurs est un grossier raccourci. Les conditions sociales, la relégation, les inégalités, ainsi que d’autres facteurs, ne sont pas prises en compte pas, plus que la nature de la délinquance.

Ce type d’ouvrage est dangereux car il prétend donner un vernis scientifique à des thèses relevant de la discrimination raciale pure et simple. Avec ce type d’ouvrage, Eric Zemmour peut essayer de se justifier quand il déclare que « les dealers sont des noirs ou des arabes ». L’existence même de ce type de pensée au-delà des cercles proches du Front national nous montre le niveau atteint par la lepénisation des esprits et la nécessité de mener le combat sur le front idéologique.

Matthijs (AL Montpellier)

 
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