Lire : Mathieu Rigouste, La domination policière

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La Domination policière, nouvel opus de Mathieu Rigouste, spécialiste de la question sécuritaire et du post-colonialisme, vient de sortir aux éditions La Fabrique. Dans la lignée de l’Ennemi intérieur, il s’intéresse ici au fonctionnement de la police ainsi qu’à ses méthodes de domination. Pour lui, celles-ci sont à rapprocher,∞intrinsèquement des anciennes méthodes d’encadrement colonial. La police va traiter différemment la population selon qu’elle habite ou non à l’intérieur de zones « endo-coloniales ». Celles-ci concentrent les parties les plus exploitées du prolétariat, très souvent non blanches. Ces populations sont soumises à un traitement particulier de la part des forces étatiques – principalement la police – assimilable à une guerre de basse intensité.

Pour Rigouste, il y a une claire filiation entre ce registre sécuritaire et les méthodes de guerre coloniale, théorisées par les doctrines de contre-insurrection qui impliquent surveillance, quadrillage, mise en place d’un état d’exception quasi permanent ainsi que des violences systématisées de la part des forces de « l’ordre ».

Déjà décrites dans L’ennemi intérieur, c’est le détail du fonctionnement policier qui intéresse l’auteur qui rappelle d’abord les origines de la BAC (Brigades Anti Criminalité). Brigade de police en civil chargé d’accomplir des missions de harcèlement de la population, les Bac sont en filiation directe avec les anciennes polices coloniales affectées aux Nord-Africains vivant en métropole, (les BNA - Brigade des Nord Africains, – devenues BAV – Brigade des agressions et violences).

L’auteur examine ensuite comment cette gestion sécuritaire des quartiers « endocoloniaux » profite à tout un secteur marchand de la sécurité qui s’accapare des marchés gigantesques. Il prend l’exemple des armes « non létales » comme le Flashball et le Taser. Celles-ci, tout en durcissant la répression dans les quartiers, forment de juteux bénéfices pour les multinationales du contrôle. Cette domination policière participe à la création de ce qu’il appelle un « socio-apartheid » : entrer et sortir de ces zones ségréguées, suppose une soumission au contrôle, au fichage et aux vexations policières. Ce livre est intéressant et novateur car il offre une synthèse des divers aspects du traitement policier des classes laborieuses perçues – comme toujours – comme dangereuses. Par contre, le style est parfois un peu ardu, alternant des passages plutôt simples et personnels, avec d’autres au jargon sociologique plus complexe. Néanmoins, l’ensemble reste compréhensible. Une bonne lecture.

Matthijs (AL Montpellier)

• Mathieu Rigouste, La Domination policière, La Fabrique, 240 pages, 15 euros

 
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