Lire : Michael Schmidt : Cartographie de l’anarchisme

Version imprimable de cet article Version imprimable


Michael Schmidt est non seulement un historien de talent, il est aussi un militant dont la force d’engagement ressort dans le ton et les thèses centrales du livre. D’emblée, cette Cartographie affirme que la « grande tradition anarchiste », est historiquement datée, et géographiquement bien plus répandue que ce qu’on décrit habituellement. Elle soutient aussi que l’anarchisme est profondément prolétarien – sensibilité et idéologie naissent en même temps que l’ère industrielle – en opposition quasi-immédiate au marxisme autoritaire, et que le syndicalisme lui est presque coextensif : à la fois pratique d’auto-organisation et stratégie offensive.

Pour l’auteur, il n’est en effet pas possible de séparer la forme moderne de l’anarchisme de ce à quoi elle s’oppose – le capitalisme. Si le sentiment libertaire est antérieur à l’ère industrielle (taoïsme philosophique en butte au centralisme impérial chinois, matérialisme radical des XVII et XVIIIe siècles, etc.), il ne faut pas le confondre avec cette prise de conscience de masse du XIXe siècle qui trouve dans l’anarchisme une forme d’organisation de la classe ouvrière.

La spécificité de la démarche de Michael Schmidt tient aussi à un autre repositionnement, géographique. Rappelons que l’auteur est Sud-Africain, c’est ce point de vue qui lui permet de remettre les pendules à l’heure. Car l’anarchisme révolutionnaire se répand dès l’origine (milieu du XIXe siècle) à Cuba, en Russie, en Amérique du Sud, en Asie. Loin d’être seulement occidental, il s’écrit aussi, au même titre et avec la même force, en chinois, en coréen, dans les langues d’Afrique subsaharienne.

Du reste, c’est l’un des aspects les plus passionnants du livre, et des plus inspirants : la description par M. Schmidt de la profondeur et de la cohérence idéologique de l’anarchisme, son ancrage ; et son internationalisme natif, ce souffle qui se propage au monde entier. On retiendra enfin l’intelligence de l’exposé historique où plutôt qu’une chronologie des idées ou des personnages de l’anarchie, l’auteur déroule cinq « vagues » dont la consistance est à la fois événementielle, stratégique et idéologique. Ce faisant, il nous rassure sur la vigueur et la vivacité de l’anarchisme : évolutif, il est toujours d’actualité, et il est plus que jamais une réponse au capitalisme, par-delà le temps, et par-delà les frontières et cultures.

Cuervo (AL Banlieue Nord-Ouest)

Cartographie de l’anarchisme révolutionnaire de Michael Schmidt, éd Lux , 190 pages, 14 euros

 
☰ Accès rapide
Retour en haut