Lire : Nedjib Sidi Moussa, « Algérie. Une autre histoire de l’indépendance »

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Le 1er novembre 1954, l’insurrection éclatait en Algérie. Trois jours plus tard le gouvernement français interdisait le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le principal parti indépendantiste algérien. Son leader charismatique, Messali Hadj, vétéran de la cause anticoloniale, était alors en résidence surveillée en Vendée.

En réalité, l’insurrection n’avait pas été fomentée par le MTLD mais par sa frange « activiste », lasse de l’enlisement du parti, et qui voyait dans la prise d’arme un choc vital pour relancer le combat indépendantiste.

La majorité du parti, sous la houlette de Messali Hadj, allait se reformer sous le nom de Mouvement national algérien (MNA), tandis que les activistes engendraient le Front de libération nationale (FLN). Durant les mois et les années suivantes, le MNA tenta de reprendre la main mais, à la stupéfaction de Messali et de ses fidèles, persuadés de leur légitimité historique, le FLN ne cessa de gagner du terrain. Et fit couler le sang pour réduire son concurrent au silence  : dirigeants assassinés, maquis MNA éliminés par le FLN, jusqu’au massacre complet de 300 villageois messalistes...

Cette guerre fratricide fit près de 4.000 morts et 6.000 blessés jusqu’en 1962. Et l’État français en tira partie en instrumentalisant certains cadres du MNA qui se placèrent sous sa protection.

Tout cela est relativement connu. Ce qui l’est moins, ce sont les orientations politiques du MNA. L’historien Nedjib Sidi Moussa les a étudiées dans leur évolution. L’impression qu’il en reste est celle d’un parti politique désemparé par son rapide déclin, adoptant parfois des positions pour rompre son isolement ou pour se démarquer de son hégémonique rival. Il s’attache ainsi à ses relations avec le PCI trotskiste (une alliance d’« outsiders »), à son évolution sur la question nationale (l’Algérie nouvelle devait-elle être restreinte à une identité « arabo-musulmane », ou être plus inclusive), à ses fluctuations sur la question palestinienne ou à ses timides avancées sur l’émancipation des femmes, notamment via son appendice syndical, l’Union syndicale des travailleurs algériens (USTA).

Après l’indépendance, la République algérienne proscrivit les messalistes et effaça le MNA des livres d’histoire pendant vingt ans. Il faudra attendre 1982 pour que l’ex-président Ben Bellah, ostracisé après le putsch de 1965, exhume la mémoire de Messali Hadj. Le souvenir du messalisme refera alors régulièrement surface, malgré la censure gouvernementale. Rappeler son souvenir, c’était rappeler la possibilité d’un pluralisme dans la révolution algérienne.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

  • Nedjib Sidi Moussa, Algérie. Une autre histoire de l’indépendance, Puf, 2019, 328 pages, 22 euros.
 
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