Lire : Palheta, « La Possibilité du fascisme »




Oui, bien sûr, le fascisme procède du capitalisme en crise, dans son avatar néolibéral. Et oui le fascisme est réel, présent, actuel. Si Ugo Palheta confirme cette alerte et ce constat, il formule surtout de très utiles actualisations du concept de fascisme et de ses mécanismes, là où de trop nombreux mythes, raccourcis et simplifications empêchent de comprendre les nouvelles formes de la droite extrême, et de s’en défendre.


L’irruption du racisme comme variable normalisée

D’une solide facture marxiste (tendance Bensaïd) l’analyse est dense, documentée et fluide à la fois, toujours intéressante, utile.

Utile pour éviter le double écueil de la «  caoutchouteuse  » extension du terme de fascisme à toutes les formes de gouvernement autoritaire, et sa réduction à une nébuleuse de «  populismes  », concept flou, culpabilisant pour les classes populaires et à l’efficacité douteuse. L’auteur affirme la «  complexité et l’autonomie  » du fascisme dont il propose quelques redéfinitions dont celle d’un «  mouvement de masse qui prétend œuvrer à la régénération d’une communauté imaginaire […] organique […] par la purification ethno-raciale (ou culturelle) […] par l’évidement de tout ce qui paraît mettre en péril son unité  ». Agissant par violence, répression et terreur «  systématiques  », le fascisme s’appuie sur un «  soutien  » multiclassiste et non sur les seuls prolétariat ou haute bourgeoisie.

Quant à ses conditions d’émergence, Ugo Palheta reprend avec finesse l’histoire de la crise sans fin du capitalisme, son épuisement, l’irruption du racisme comme variable normalisée du discours politique, la dégradation des conditions de vie, la répression croissante... Crise qui pourrait, structurellement, durer toujours sans que le fascisme n’en sorte comme possibilité. C’est à une perte d’hégémonie du capitalisme qu’il faut imputer la montée du fascisme, visible dans l’entrée en scène actuelle d’un «  bloc bourgeois  », préparé par vingt ans d’idéologie d’un extrême centre néolibéral et macroniste en plein, mais aussi ennemi des classes populaires, islamophobe aujourd’hui comme on était antisémite hier, nationaliste… L’ex-FN est un parfait véhicule «  en gestation  », à la composition d’un néofascisme. Nullement anéanties par les revers électoraux, ses thèses sont désormais partagées largement et le socle très large proposé par LREM peut encore nourrir son assise. Quels sont les mécanismes à l’œuvre conduisant à un État autoritaire authentiquement fasciste, par où s’exprime «  l’offensive raciste  » pour lui préparer le terrain  ? L’ouvrage fournit des réponses et d’utiles pistes pour résister dans les idées et dans l’action concrète.

Cuervo (AL Marseille)

  • Ugo Palheta, La possibilité du fascisme, France la trajectoire du désastre, La Découverte, septembre 2018, 269 pages, 17 euros
 
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