Lire : Vuillard, « La Guerre des pauvres »

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L’ouvrage 14 juillet avait déjà été un récit éblouissant de la prise de la Bastille, vécue par les plus prolétaires d’entre les prolétaires, bref une lutte menée par le peuple et un ouvrage qui lui rendait sa centralité. Une fois n’est pas coutume, Éric Vuillard, dans La Guerre des pauvres, continue d’explorer l’histoire faite par les petites et petits, celles et ceux qu’on oublie et qui pourtant se sont levés contre l’injustice.

Dans ce tout petit ouvrage, nous assistons à la révolte, d’abord intellectuelle et verbale, d’un prédicateur de l’actuelle Allemagne, en pleine Réforme, au XVIe Siècle. À bas les intermédiaires entre Dieu et les humains, d’où découle une révolte… contre ces riches qui s’engraissent sur le dos de la croyance religieuse. Thomas Müntzer ne proclamait que le «  ni maître  » de la formule consacrée «  ni Dieu ni maître  », mais c’était déjà suffisamment puissant à l’époque pour qu’on lui envoie les troupes armées du pouvoir en place.

Éric Vuillard sort ainsi des décombres de la mémoire collective un personnage certes exalté, mais irrévérencieux, révolté et sorte d’«  anarchiste  » avant l’heure («  anarchiste  » au sens où il remettait en cause tous les pouvoirs et proclamait qu’on pouvait s’en passer), et qui surtout a fait se dresser des terres entières de paysannes et paysans exploités. Ainsi, l’histoire de ce soulèvement lointain est-il habité des nombreuses insurrections qui ont ponctué la Renaissance, dans l’Angleterre et l’Allemagne actuelles. L’écriture est souvent métaphorique, en tout cas ciselée et, le récit est entièrement conduit au présent. En effet, comment ne pas penser à l’actualité et aux gilets jaunes, religiosité à part  ?

Doriane (AL Var)

  • Éric Vuillard, La Guerre des pauvres, Actes Sud, 2019, 80 pages, 8,50 euros.
 
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