Dossier CPE : Flux et reflux des luttes étudiantes

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En 2006 et dans les années qui ont suivi, l’ampleur des mobilisations de la jeunesse scolarisée devait beaucoup à des facteurs sociaux, comme la précarisation de l’emploi et les incertitudes face à l’avenir professionnel. Ces facteurs se sont renforcés depuis et pourtant les luttes dans la jeunesse se sont fortement atténuées. Quelles perspectives en tirer ? Que nous apprend aujourd’hui le mouvement de 2006 ?


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La lutte du printemps 2006 doit beaucoup aux « minorités agissantes » qui ont su tenir leur rôle de politisation et d’animation. Mais l’ampleur de la mobilisation s’explique par des facteurs sociaux. Aux facs de sciences humaines et sociales et aux lycées se sont joints dans la lutte des facs de sciences et des IUT, traditionnellement moins mobilisables. Outre la dénonciation du CPE, une myriade de revendications ont été avancées dans les AG : contre la diminution des postes aux concours de recrutement des enseignants et enseignantes, pour de meilleures conditions d’études, contre la précarisation du travail.

Ce sont surtout les enfants des classes populaires et moyennes, dont les chances d’ascension sociale par les études se réduisaient dans un contexte de déstabilisation durable de leurs milieux d’origine, qui se sont mobilisé-e-s. Du fait de la précarisation de l’emploi (contrats précaires, à temps partiel...), de la réduction du recrutement dans la fonction publique, débouché probable de leurs formations, et d’une compétition scolaire plus forte (le diplôme reste un vecteur d’emploi central mais il en faut plus, en témoigne l’évolution des concours de l’enseignement où il faut désormais postuler à bac + 5 contre bac + 3 auparavant).

Derrière chaque réforme produite par les capitalistes, en 2006 et après, se dessine un destin toujours plus sombre pour les millions de (futur-e-s) travailleurs qui composent la jeunesse scolarisée.

Recul des luttes

Et si le mouvement de 2006 appartenait déjà à une autre époque ? Celle où la jeunesse emmerdait le Front national et où toute menace sur son avenir entraînait une mobilisation. Les luttes dans la jeunesse sont en fort recul depuis le début des années 2010. Pire, l’extrême droite est en progression chez les jeunes. Dans les facs, les luttes, locales, tournent à vide et toute perspective de « louper des cours » vire au drame. La peur de l’avenir conduit à des réflexes de démobilisation là où elle produisait l’inverse. C’est que le rapport de forces idéologique a changé dans bien des campus où il n’est plus si évident d’être de « gauche » quand on étudie la sociologie ou l’histoire.

Repartir des bases

Cette situation implique de s’y adapter. De sortir des mythes et des modèles routiniers d’action. On oublie que sur les facs les plus mobilisées à la fin des années 2000, comme Rennes 2 ou Toulouse 2, des syndicats de lutte avaient construit un patient travail de terrain : défense des étudiants, mobilisations locales, mise en place de solidarités. Ce travail a sans doute plus compté que la logique d’affirmation idéologique déconnectée de toute pratique qu’on retrouve de plus en plus aujourd’hui. Il n’y aura pas de lutte sans solidarité préalable.

Pour réactiver les réflexes de mobilisation il faut reconstruire sur les lieux d’études des outils de solidarité à tous les niveaux (aides individuelles, solidarités festives et culturelles) dans une logique de reconquête. C’est sur ce terreau que la menace du chômage de plus en plus prégnante cessera de conduire au repli et à la tentation du pire.

Tristan (AL Toulouse)

 
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