Il y a 50 ans

Mémoire : Berlin 1953, le soulèvement

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C’est dans un contexte marqué par une offensive du gouvernement social-démocrate de Schroeder contre les droits sociaux que beaucoup d’Allemand(e)s (re)découvrent ce que fut le soulèvement ouvrier du 17 juin 1953.

Cette année le cinquantième anniversaire du « soulèvement populaire » du 17 juin 1953 a été célébré par le gouvernement et les partis établis comme le début du combat pour la libération de la dictature stalinienne en République démocratique allemande (RDA). 1953 a marqué le début d’une série de soulèvements de travailleur(se)s dans les pays d’Europe de l’Est — 1956 en Pologne et en Hongrie — sous domination de l’URSS.

En RDA et dans les partis communistes prosoviétiques, ce soulèvement fut qualifié de « putsch fasciste ». Précisément, le Parti communiste d’Allemagne de l’Ouest perdit encore plus d’influence et de crédit dans la classe ouvrière et fut également interdit en 1956. Pourtant, cette importance de la révolte ouvrière de 1953 a eu de grandes répercussions dans plusieurs secteurs de la gauche. Alors que traditionnellement la méfiance prévalait face à un peuple qui ne s’était pas libéré lui-même de la domination nazie, il était très difficile d’examiner les causes et les raisons du soulèvement. Aujourd’hui après l’ouverture des archives, il y a énormément de documents émanant de la Stasi [1], qui indiquent en quoi ce mouvement avait toutes les caractéristiques d’un soulèvement prolétarien.

Le mouvement fut provoqué par l’augmentation permanente des cadences et le mauvais approvisionnement de la population. Des travailleur(se)s qui critiquaient cette politique furent arrêté(e)s et jeté(e)s en prison. Aujourd’hui encore, beaucoup de collègues racontent comment, déjà plusieurs semaines avant le 17 juin, des ouvriers ne vinrent plus travailler… ils/elles avaient disparu. À partir de là il y eu, une semaine avant le 17 juin, des rassemblements de protestation devant les prisons pour exiger la libération des travailleur(se)s emprisonné(e)s. Les actions du 17 juin à Berlin et dans toute la RDA furent portées par la classe ouvrière, elles prenaient la forme d’assemblées et de conseils ouvriers et assumaient en partie le pouvoir politique dans certains endroits. Les revendications étaient : la libération des détenus, l’arrêt immédiat de l’augmentation des cadences et des syndicats libres et indépendants.

Pour un nouveau 17 juin 1953 !

La direction du Parti socialiste unifié (SED, parti unique au pouvoir) autour de son chef Walter Ulbricht prit la fuite pour se réfugier dans la garnison des troupes soviétiques à Karlhorst dans Berlin et laissa à la direction soviétique la conduite des opérations. C’est d’abord par une massive intervention des forces d’occupation soviétiques que le mouvement pu être stoppé. Après, il y eu une grande vague d’incarcérations ainsi qu’une épuration à la direction du SED. Pour beaucoup de travailleurs(ses) et avant tout pour les grévistes et les membres des conseils commençait une période de découragement et de longues peines de prison. À dire vrai, nombreux(ses) sont celles et ceux qui commencent seulement à rendre compte de ce qui s’est passé alors et à dire également comment ce mouvement s’est développé.

L’insurrection de 1953 a marqué l’histoire du mouvement ouvrier en Allemagne. Et ce n’est pas un hasard s’il y eut, au moment de la grève des métallurgistes pour la réduction du temps de travail en juin 2003, des rencontres symboliques entre une génération de jeunes métallurgistes de Hennigsdorf et de vieux travailleurs en retraite qui, le 17 juin 1953, avaient occupé la même usine. Lors de ces rencontres et des nombreuses discussions qu’elles suscitèrent, on évoqua la mémoire de ce soulèvement ouvrier. Aujourd’hui également nous avons besoin d’un nouveau 17 juin, précisément contre l’Agenda 2010 de Schroeder et sa politique gouvernementale de destruction de nos droits sociaux.

Willi Hajek

[1L’ancienne police politique de la RDA.

 
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