Entretien

Michal (anarchiste israélien) : « Nous cassons les frontières sur le terrain et dans les têtes »

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Michal est membre des Anarchistes contre le mur israélien. Elle est, cette année, étudiante en France, et participe ici aux réseaux et actions contre l’occupation de la Palestine. Elle nous présente le mouvement Anarchistes contre le mur dans ses grandes lignes, mais d’autres contributions sont à venir pour mener plus loin la discussion sur les enjeux politiques qui traversent ce mouvement.

Alternative libertaire : Comment est né le mouvement Anarchistes contre le mur ?

Michal : En 2003, une activiste américaine de l’International Solidarity Movement (ISM) est écrasée par un bulldozer israélien à Rafah. Un groupe d’Israéliens et Israéliennes, qui pratiquaient déjà des formes alternatives de résistances à l’occupation, décide de créer un ISM israélien. Dès lors, un mouvement d’action directe et non violente dans les Territoires occupés commence à travailler la main dans la main avec les Palestiniens et les Palestiennes contre la construction du mur qui débutait à cette époque.

La première lutte des Anarchistes contre le mur (ACM) a été celle du village Mas’ha en Cisjordanie. En avril 2003, un membre de ce village, qui devait être coupé par ce que l’Etat d’Israël appelle « la barrière de séparation », a invité le groupe à venir et à construire ensemble, sur les terres menacées de confiscation, un centre d’information et de lutte contre le mur.

Pendant quelques mois, des militants et militantes du monde entier sont venu-e-s soutenir ce camp, mener des actions et discuter du futur combat commun. Notre lutte a gagné et le trajet du mur a été déplacé vers la ligne verte [1]. Depuis, et surtout à travers la lutte du village Bil’in dès 2005, l’activité s’est amplifiée et le groupe s’est élargi.

Ce qui est spécifique à nos modes d’action c’est la solidarité quotidienne et directe avec des villages palestiniens, au-delà de l’aide humanitaire ou de la participation à des manifestations. Nous ne sommes pas très nombreux, quelques centaines de personnes, surtout des jeunes, qui traversent tous les jours les frontières physiques et mentales – passant la nuit dans les villages, créant des amitiés et se confrontant à un système répressif et violent.

Quant à notre fonctionnement, nous prenons des décisions par consensus et nous n’avons pas de dirigeants. C’est pour cela entre autres que nous sommes des anarchistes… Mais aussi, parce que nous remettons en cause le système capitaliste, colonialiste, et militariste qui exploite les classes populaires de chaque coté de la frontière.

Quels sont vos modes d’action ?

Michal : Ce groupe a réussi à créer un réseau de militants et de militantes prêt-e-s à agir – à l’appel des Palestinien-ne-s – quitte à affronter l’armée, les arrestations et la société israélienne qui nous est hostile. Nos actions sont très variées. Soit on rejoint des manifestations en Cisjordanie contre l’occupation ou le mur, soit on organise avec des activistes palestinien-ne-s une forme d’intervention contre la construction du mur pour l’endommager, soit on agit au sein de la société israélienne. Notre présence dans les villages pendant la nuit, quand l’armée les envahit, pendant des manifestations violemment réprimées ou pendant des réunions d’organisation de la lutte, a un poids symbolique mais est aussi cruciale. Car lorsque des citoyens et citoyennes israéliennes participent dans les actions, les médias sont plus intéressés, les soldats sont plus « prudents » et les balles réelles sont prohibées. Ceux et celles qui répondent aux appels de nos partenaires palestiniens et se rendent dans les Territoires, ouvrant des brêches dans la barrière, s’enchaînant aux oliviers ou filmant les soldats, parviennent à défier le système par la créativité et par l’audace.

Lorsque les anarchistes lancent un appel à l’action, l’information circule et beaucoup de militant-e-s de Gush shalom, Ta’ayush, la Coalition des femmes pour une paix juste, Rabbins pour les droits de l’homme et les refuzniks, se réunissent et luttent ensemble.

S’opposer à l’occupation, au nationalisme, à l’État, à la militarisation de la société, ça ne doit pas être de tout repos dans une société comme Israël…

Michal : Notre mouvement est marginal, bien évidemment. Nous sommes perçus comme extrémistes qui cherchent l’aventure ou qui nouent des relations avec l’ennemi. Notre activité rend souvent les gens et même les soldats perplexes, ne pouvant pas appréhender pourquoi un « bon juif » qui devrait être de « notre » côté, se trouve avec des Palestiniens et Palestiniennes. Au pire on est des traîtres, sinon, des fous…

Ce « statut » infamant permet à l’armée de nous traiter avec beaucoup de violence. Plusieurs membres de notre groupe ont déjà été blessé-e-s par des balles en caoutchouc entre autres, et chaque semaine, une dizaine de militants et de militantes finit sa journée au poste. Layla, une militante à plein temps, a été condamnée à trois mois de prison ferme pour plusieurs accusations (agression d’un soldat, présence dans une zone militaire fermée, etc.). Des procès sont intentés contre les militant-e-s, et en mars dernier, l’un d’entre nous a été condamné à choisir entre payer des amendes et cautionner une justice inique, ou faire de la prison ferme. Il a choisi la prison. En plus, les services secrets essaient de nous intimider en invitant des membres à collaborer sous peine d’accusations diverses.

Comment peut-on vous soutenir ?

Michal : Bien sûr, relayer l’information sur nos activités et la répression par l’armée. D’autre part, certains militants et militantes sont convoqué-e-s devant la justice, et quoique la plupart gagnent leur procès, les avocats qui travaillent avec nous ont besoin de vivre, même s’ils ne nous demandent que de payer le minimum. En outre, lorsqu’on perd, les amendes peuvent être importantes. Comme nos moyens sont très limités, tout soutient financier est le bienvenu. Par ailleurs, le 9 juin 2007 est une journée d’action et de commémoration des quarante ans de l’occupation, et il est important de manifester sa solidarité en rejoignant les actions prévues en France par les associations de soutien à la cause palestinienne. La solidarité peut aussi prendre la forme d’une pression pour l’application des résolutions internationales – la condamnation du mur par la cour internationale, les conventions de Genève concernant l’occupation et les résolutions de l’ONU.

Propos recueillis par Corinne (AL Paris-Nord-Est)


SOLIDARITÉ AVEC ANARCHISTES CONTRE LE MUR !

Alternative libertaire appelle à soutenir Anarchistes contre le mur dans leur lutte, en faisant connaître leur action et en les soutenant financièrement pour faire face aux frais entraînés par les procès, véritable stratégie d’étranglement de la part des autorités israéliennes

Envoyez vos chèques à : Alternative Libertaire, BP 295, 75921 Paris Cedex 19. Libeller les chèques à l’ordre de SIA en précisant au dos « soutien anarchistes contre le mur ».

[11. Lignes de démarcation séparant Israël des Territoires occupés depuis 1967.

 
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