Michel Onfray : « Pourquoi j’écris de si mauvais livres ? »

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Voilà une épitaphe qui mériterait de figurer sous le titre du dernier livre de Michel Onfray, bien plus que les citations de Nietzsche qui l’encombrent. Simple polémique, ou coup médiatique ?

Dans L’affabulation freudienne, Michel Onfray entreprend de briser Freud et la psychanalyse, et il faut le dire : il est tellement mauvais qu’il donnerait presque envie d’y croire ! Sur le fond, il y a quelques rares critiques recevables. Mais elles prennent peu de place, ont déjà été formulées cent fois, et émanent d’une épistémologie un peu datée. En revanche Onfray apporte sa touche personnelle avec un argument amusant qui consiste à réduire la pensée de Freud à un reflet de ses propres névroses. Cela revient à réfuter la psychanalyse… en l’employant ! Ainsi, la théorie de l’œdipe (l’homme désire sa mère et hait son père) serait invalidée car Freud aurait élaboré cette théorie par désir pour sa mère et haine de son père… Ceci n’est qu’un aperçu de la « psychanalyse de comptoir » qui court pendant de trop longues pages.

Le second ressort critique d’Onfray ne vaut pas mieux : c’est une sorte de médisance, de cancanerie morale. On expose des bouts de lettres et de textes afin de brosser un portrait de Freud dévoré d’ambition et « conquérant » (à raison sans doute). Un tel être est bien sûr prêt à toutes les malhonnêtetés pour réussir sa carrière de savant, défaut moral qui va invalider toute son œuvre théorique. Bref on discrédite la personne pour discréditer ses idées. Et puis, tout d’un coup, Onfray nous sort de l’ennui, et on passe à l’effroi devant certains propos assez clairement réactionnaires. Ainsi Onfray reproche plusieurs fois à Freud d’avoir mis à mal la frontière entre la normalité et la pathologie psychique. C’est une trop grosse rupture avec le gros « bon sens » dont Onfray se réclame : ben oui, « un fou c’est un fou » qui n’a rien à voir avec les « gens équilibrés » ! On préférait le Onfray qui s’opposait en 2007 à la délinquance, la pédophilie et au suicide héréditaires de Sarkozy.

Cash machine

On peut finir en se demandant pourquoi ce livre si mal fichu sur le plan « scientifique », surtout à une époque ou l’actualité est plus à réintégrer une psychanalyse ouverte au sein des sciences, en lien avec l’étude du cerveau. Risquons une explication : il était sans doute à prévoir qu’un tel réquisitoire contre Freud créerait une polémique avec certains milieux intellectuels parisiens au sein desquels la psychanalyse est une référence importante. Et c’est ce qui s’est produit, au point qu’un deuxième livre compilant les réactions au livre d’Onfray va voir le jour... Or qui dit polémique dit buzz, et ça, c’est toujours bon pour faire vendre. Alors Onfray est-il le nom d’une nouvelle ligne éditoriale juteuse, l’iconoclasme philosophique de supermarché ? Cela reste une hypothèse sans doute invérifiable (comme la psychanalyse). Toujours est-il qu’Onfray, porté par le succès du précédent, vient de sortir un nouveau livre déployant sa propre psychanalyse, non freudienne, bien sûr. Gageons qu’il sera rentable faute d’être intéressant.

Mafalda (AL Angers)

 
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