Migrants et migrantes : Chassez ces réfugié.es que je ne saurais voir

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Les annonces se bousculent en ce bel automne sur le sort des migrantes et migrants qui survivent dans les jungles. Il y a de quoi s’inquiéter, tant pour le traitement qui leur est infligé que pour la dérive générale de la classe politique en termes de politiques migratoires.

Lundi 26 septembre, le démantèlement définitif de la jungle de Calais a été annoncé par François Hollande pour le 17 octobre. Bien loin de répondre à l’impératif d’humanité mis en avant par le gouvernement, il s’agit plutôt de poudre aux yeux généreusement lancée à l’approche de la campagne présidentielle de 2017. L’objectif est double : gérer ce qui est rebaptisé « crise humanitaire » pour satisfaire à la fois les électrices et électeurs touché-e-s par la détresse des populations réfugiées, et celles et ceux qui ne veulent simplement plus voir de migrants et migrantes sous leurs fenêtres. Pour répondre à cet objectif qui n’est que celui du gouvernement, sont mis en place des moyens démesurés. On est en pleine opération de communication.

Même si, depuis, le « démantèlement » (« expulsion » en novlangue) a été reporté d’une semaine, et qu’on n’a pas encore pu voir la façon dont les choses étaient menées au moment où nous mettons sous presse, on sait déjà comment se sont déroulés les préparatifs. Les flics, équipés d’un attirail digne de la guerre civile, ont passé plusieurs semaines à harceler les camps, à interpeller au hasard, et à placer en rétention des dizaines de personnes arrêtées aux alentours de la jungle. Ce sont ainsi 80 arrestations par jour qui ont été ordonnées dans les jours qui précèdent l’expulsion, comme l’a rapporté StreetPress.

Et quand l’expulsion commencera, il s’agira de disperser les migrantes et migrants qui bénéficieront d’un hébergement et d’un accompagnement. Celles et ceux-là n’auront pas d’autre choix qu’accepter un accueil en CAO (centres d’accueil et ­d’orientation), là où on le leur proposera, quitte à être éloigné-e-s de leurs proches et des réseaux de solidarité qu’ils ont créés, et indépendamment des projets qu’ils peuvent avoir construits. Pour les autres, l’expulsion risque d’être la règle, vers le pays d’origine ou vers d’autres pays européens traversés avant d’arriver en France, s’ils s’y sont fait contrôler. Quand au millier de mineur-e-s isolé-e-s recensé-e-s dans la jungle par les militantes et militants présents sur place, on ne sait pas ce qu’il adviendra d’eux, le gouvernement n’ayant rien annoncé à leur sujet ; et vu l’accueil qui leur est déjà réservé par l’aide sociale à l’enfance, on doute qu’ils accèdent à une prise en charge. La logique n’est pas de protéger, on vous dit, mais de disperser !

Paris : la mairie dans sa bulle

Un peu plus au sud, Hidalgo suit la même logique, avec la création d’un camp à Paris : la « bulle », du nom de la forme que prendra la structure. Si l’objectif affiché du dispositif est de « résorber les campements informels » on se demande déjà si sa contenance de 400 places suffira à recevoir l’ensemble des migrantes et migrants présents en Île-de-France, dont une bonne partie demeurent à la rue, en essuyant jour après jour des expulsions des campements de fortune dans le nord de la capitale. Surtout, ce ne sont pas tous les migrants et migrantes qui pourront bénéficier des dispositifs. L’accueil sera sans doute conditionné à la poursuite des démarches administratives, et celles et ceux qui auront eu le malheur d’être identifié-e-s dans un autre pays de l’espace Schengen avant leur arrivée en France risquent d’être soumis au règlement Dublin, qui prévoit leur expulsion vers le pays en question, où plane parfois l’incertitude la plus complète sur leur sort.

On retrouve en toile de fond de ces actions la rhétorique de la distinction entre réfugié-e-s et migrants, les uns à protéger, les autres indésirables et soupçonnés de frauder. Comme si la misère et le climat politique de pays d’Afrique de l’est ou du Proche-Orient n’étaient pas des motifs valables pour prendre la route. Et comme toujours, le gouvernement montre un refus total de concevoir les personnes réfugiées comme actrices de leur devenir, émettant des craintes et formant des projets, mais continue de les gérer comme un flux anonyme et déshumanisé, une honteuse misère qu’il faut cacher et disperser. Petite nouveauté issue du contexte du moment : les personnes déboutées de l’asile sont en passe de devenir la nouvelle catégorie d’indésirables, perçues comme illégitimes et à éloigner au plus vite.

Le pire est à venir ?

Produit de cette même logique, le droit des étrangers refondu dans son ensemble par la loi du 7 mars 2016, dont la mise en application imminente (au 1er novembre), va venir entériner la xénophobie crasse de la gauche au pouvoir. Parmi les nouveautés, on notera la délivrance d’obligations de quitter le territoire systématiques pour les personnes ayant vu leur demande d’asile rejetée, ou encore l’interdiction de circulation des ressortissantes et ressortissants européens dont on considère qu’ils ou elles abusent de leur droit au séjour (vous voyez qui on vise ? les Roms, encore et toujours). Les enfants, qui peuvent déjà suivre leurs parents en rétention puis dans l’avion, seront toujours plus susceptibles d’être enfermés en centres de rétention.

L’ensemble de ces dispositifs d’hébergement, lois et évacuations musclées ne peut que conduire à la création de nouveaux camps, sans doute plus petits, plus précaires. Il démontre que la France se lave les mains de sa responsabilité dans les conflits qui secouent nombre de régions dont proviennent celles et ceux qui atteignent la France. Noyé-e-s dans le flot des discours xénophobes, notre seule réponse doit être la solidarité totale avec les migrantes, migrants, demandeuses et demandeurs d’asile, pas seulement dans une optique de soutien humanitaire au jour le jour, mais dans la construction de luttes et la défense collective de leurs droits. La seule solution : la liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous.

Plus que jamais, de Calais à Lampedusa, nous soutiendrons toutes les personnes migrantes. Personne n’est étranger, personne n’est illégal !

Rosa (AL Paris-Nord-Est)

 
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