Migrants et racisme : Enjeu mondial de la lutte des classes

Version imprimable de cet article Version imprimable


AL réclame le libre droit d’installation pour chacune et chacun dans le pays de son choix et nous luttons contre ces frontières qui assassinent. Cela ne doit pas empêcher d’avoir une lecture politique des situations ouvertes par les mouvements migratoires à l’échelle de la planète alors que la crise écologique va démultiplier le nombre des déplacé.es et de ce fait, les tensions racistes, religieuses, nationalistes.

En 2016, on estime que 250 millions de personnes vivent dans un pays où ils ne sont pas nés, soit 3,3 % de la population mondiale. Cela paraît finalement bien peu mais représente tout de même une augmentation de 41 % par rapport à l’an 2000. En 2013, 38 % des migrations se faisaient dans le sens Sud-Sud et seulement 34 % dans le sens Sud-Nord. Cela n’empêche pas la Méditerranée d’être le cimetière de 70 % des migrantes et migrants qui meurent en chemin de par le vaste monde, dans une indifférence profonde. Ces arrivées de migrantes et de migrants provoquent, partout, des rejets violents au sein des populations accueillantes, rejets attisés et utilisés par les nationalistes qui progressent partout, dangereusement, en Europe et pas seulement.

Crises et migrations de masse

Si les révolutionnaires ne font pas le tri entre l’exil politique et la migration économique, les institutions internationales et les gouvernements le font. Ainsi, ils nous annoncent que les crises climatiques vont générer à elles seules 250 millions de réfugié.es en plus dans les trente prochaines années. Autant de prétexte à construire des murs  ! Autant de crimes d’État annoncés. Autant de massacres intercommunautaires prévisibles... Une pensée pour les Rohingyas.

Quand les vieilles métropoles impérialistes qui s’étaient partagées la planète à l’occasion de deux guerres mondiales s’interrogent encore sur les «  aspects positifs  » du colonialisme, retenons qu’en 2015, le montant global de l’aide internationale aux pays du Sud se limitait à 132 milliards alors que les transferts d’argent par les migrants grimpaient à 432 milliards  ! Ainsi, des familles maliennes vont continuer sans aucun doute à envoyer leurs enfants chercher fortune malgré tous les dangers et toutes les lois qui leur barrent la route.

Il y aurait à écrire une histoire de l’humanité à travers l’histoire des migrations humaines. Des atlas existent à ce sujet. Migrations volontaires ou forcées, esclavage, fuites éperdues ou conquêtes coloniales, elles ont dessiné dans le sang nos planisphères. Et mélangé dans nos ADN les gènes les plus surprenants. Mais elles restent autant de bombes à retardement. Notre solidarité n’est donc ni une bonne conscience religieuse, ni une niaiserie sur les prétendues richesses du «  multiculturalisme  ». Notre solidarité est forgée sur des bases de classe pour défendre les intérêts des peuples contre les impérialismes  ; et les intérêts des travailleuses et travailleurs contre leurs patrons.

Dans le cadre de la mondialisation, il faut faire une place à part aux étudiantes et étudiants qui sont les nouveaux Marco Polo, assurant à un rythme effréné le transfert de technologies nouvelles. Quand il a fallu des siècles pour faire partager la soie, la poudre ou la roue, les économistes estiment à trois ans maximum l’avance technologique des grandes puissances entre elles. Aux États-Unis, deux doctorantes ou doctorants sur trois en informatique, ingénierie ou économie sont étrangers, et très majoritairement asiatiques. Notons que la France, du fait du faible coût des droits universitaires (comparé au monde anglo-saxon), est la troisième destination mondiale avec 70 000 étudiantes et étudiants étrangers.

Mais si l’on met de côté les études, les arts, le commerce et l’aventure, la grande majorité des migrations sont d’abord le fait de personnes en fuite qui tentent d’échapper à la misère, à la guerre, aux persécutions ethniques, religieuses ou politiques. De beaux esprits ont beau chanter que nous sommes tous des vagabonds de passage sur cette terre, la réalité de la souffrance de celles et ceux qui s’arrachent de leurs terres natales se mesure aisément quand arrive la question d’où l’on va être enterré  : dans le pays d’origine auprès de ses parents ou dans le pays d’accueil auprès de ses enfants  ? Il faut souvent plusieurs générations avant que cette question lancinante s’efface.

Un antiracisme de classe

Les dernières et derniers arrivés cherchent un emploi ou une terre et un logement. Ils sont alors de facto en concurrence avec les plus pauvres, souvent issus de la vague migratoire précédente. Quand l’emploi se fait rare et la politique sociale de logement inexistante ou effondrée, le choc est vite brutal. Combien de fois a-t-il fallu rappeler à des descendantes et descendants de l’immigration portugaise ou algérienne que leurs familles sont arrivées en bidonvilles, comme les Roms  ? Combien de fois entend-on des descendantes et descendants de l’immigration africaine expliquer que les chinois ou les tamouls n’ont pas leur place, chez nous, en France  ? Et combien de fois faudra-t-il rappeler aux descendantes et descendants de l’immigration italienne ou polonaise ce qu’ils ont subi dans un passé pas si lointain  ?

C’est pourquoi notre antiracisme ne peut être ni un simple antiracisme moral, ni un antiracisme fondé sur des solidarités uniquement communautaires. Il doit être un antiracisme de classe. Y compris parce que les migrations d’un avocat, d’une architecte ou d’un paysan illettré sont bien différentes. Quand on a de l’éducation ou une qualification, on quitte rapidement les cités HLM ghettoïsées du 93 pour retrouver, dans des secteurs plus paisibles, les Maghrébines et Maghrébins qui ont progressé dans l’échelle sociale du salariat. Mais les autres restent assignés dans des cités où les derniers «  Français de longue date  » qui y résident sont des fracassés de la vie.

Aussi dénonçons-nous ceux qui, y compris à gauche, tiennent une ligne favorable à une «  immigration choisie  » qui consiste à refuser aux plus pauvres de quitter leur pays tout en le vidant de ses élites intellectuelles.

Pour la part qui nous revient au quotidien, notre priorité sera donc d’unifier les prolétaires de toutes origines contre les patrons, les cadres et les flics à leur service, quelles que soient leurs origines… Ce qui, redisons-le au passage, nous impose de faire en sorte que les questions religieuses ne soient pas des raisons supplémentaires de diviser nos rangs.

Jean-Yves (AL 93 Centre)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut