Venezuela : Une intervention libertaire reste à inventer

Version imprimable de cet article Version imprimable


Les anarchistes dénoncent la droite réactionnaire et le chavo-madurisme, mais peinent à construire une force collective durable.

Participer à la mobilisation antigouvernementale sans faire le jeu de la MUD ; s’opposer à la menace d’intervention militaire évoquée en août par Donal Trump sans faire le jeu du PSUV… La voie d’une action libertaire et révolutionnaire est étroite. Et, sans surprise, les appréciations varient au sein de la gauche révolutionnaire et libertaire sud-américaine.

Ainsi, certaines organisations du réseau communiste libertaire Anarkismo comme la FAU (Uruguay) et la Federación anarquista de Rosario (Argentine), tout en soulignant les tares du régime chavo-maduriste, estiment que le danger principal reste un retour de la droite réactionnaire soutenue par Washington. En effet, bien que sous tutelle étatique, la « révolution bolivarienne » a engendré une floraison de comités de quartiers, de communes dans les campagnes et dans les villes, de coopératives… une forme d’auto-organisation populaire imparfaite mais qu’il faut défendre.

Depuis quinze ans, plusieurs – éphémères – groupes libertaires ont tenté d’agir au sein de ce processus. En 2006-2007, il y eut ainsi le Front d’actions libertaires, qui voulait développer ­l’autonomie populaire en évitant ­d’attaquer la figure d’Hugo Chavez [1]. En 2012-2013, il y eut la Federación anarquista revolucionaria de Vene­zuela (FARV) qui, elle, alla jusqu’à déclarer que Chavez était « un compagnon, un frère » [2]

A contrario, le groupe anti-autoritaire le plus stable, le Comité de relations anarchistes (CRA), éditeur du périodique El Libertario depuis 1995, juge que la lutte contre le « chavo-madurisme » [3] est nécessaire et même centrale. Pour le CRA, les anarchistes doivent participer aux manifestations populaires actuelles, peu importe que la MUD y appelle ou non, tout en dénonçant son projet réactionnaire. Ses détracteurs lui rétorquent que, ce faisant, le CRA se compromet malgré tout avec la droite. Le CRA se voit surtout accusé, à mi-mot, de se cantonner à l’animation d’un média, El Libertario, sans connexion avec une intervention militante de terrain ni construction d’une organisation agissante.

Quelle voie, demain, pour une action communiste libertaire au Venezuela ? La réponse viendra des militantes et des militants investis sur le terrain social, que ce soit dans les comités de quartier 4 ou dans les secteurs syndicalistes critiques, comme le courant « classiste » C-CURA (lire ci-contre). Comme le disent les zapatistes, la priorité doit aller aux luttes de celles et ceux d’« en bas, à gauche »

Abobora (AL 31)

[1« Venezuela : Les deux visages du chavisme », Alternative libertaire, janvier 2007.

[2FARV, communiqué du 6 mars 2013.

[3« Venezuela : Bienvenidos à la Piedrita, terre de contre-pouvoir populaire », Alternative libertaire, janvier 2015.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut