NPA : Congrès de crise

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Du 11 au 13 février s’est tenu à Montreuil-sous Bois, le premier congrès du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Il devait lui permettre de construire une orientation capable de remobiliser ses militantes et militants afin de sortir de la crise qui le mine depuis un an. Peine perdue.

Ce sont environ 350 délégué-e-s du NPA qui se sont rassemblé-e-s à Montreuil (Seine-Saint-Denis) pour dresser le bilan de deux ans d’activité et donner un nouveau cap à une organisation traversée par une crise qui a entraîné le départ de plus d’un tiers de ses militant-e-s.

Malgré ses déboires, le NPA reste une force politique incontournable avec des militant-e-s sur lesquel-le-s il faut compter pour développer les luttes, la solidarité et la contestation d’un système capitaliste qui s’enfonce de plus en plus dans la crise. Pour autant la formidable dynamique qui a permis à la LCR de réussir le pari de son autodépassement entre 2007 et 2009 semble aujourd’hui bien loin.

Des clivages bien présents

Ce premier congrès a souligné davantage les clivages que les points d’accord. C’est si vrai qu’il n’a pas été possible de dégager de majorité sur un certain nombre de textes importants (motion « Religion, laïcité, émancipation » ; appel du congrès en vue notamment de l’élection présidentielle de 2012). Dans un certain nombre de domaines la plate-forme 1 qui réunissait 40 % des mandats, et représentait la position de la direction sortante, aurait pu constituer un axe majoritaire avec la plate-forme 2, animée pour l’essentiel par l’ancienne direction des JCR et qui a rassemblé 28 % des délégué-e-s. Mais l’intransigeance a prévalu et un accord final, même s’il a été recherché par certain-e-s militant-e-s, aurait peut-être eu raison de la cohésion interne des deux premières tendances.

Plus généralement, le NPA paye au prix fort le fait d’avoir voulu construire une organisation numériquement plus conséquente que la LCR en faisant l’impasse sur des débats aussi essentiels que le projet de société, et en pensant que les courants autres que trotskystes seraient solubles dans cette nouvelle construction politique. Cette volonté hégémonique qui n’apparaissait pas de façon limpide au premier abord pour tou-te-s les nouveaux venu-e-s est devenue rapidement rebutante face à l’absence d’espace politique autre que les courants traditionnels issus de l’ancienne LCR, dont le NPA a rapidement symbolisé la continuité.

Une des réussites du NPA a été de contribuer à radicaliser le débat politique au point de faire pencher une partie des antilibéraux dans l’anticapitalisme et de prôner l’indépendance par rapport au PS, que les autres composantes affiliées au Front de gauche ou à la FASE n’étaient et ne sont toujours pas capables de mettre en avant. Cela a été décisif pour lancer la nouvelle organisation mais pas suffisant pour marquer une rupture avec le jeu institutionnel.

Construire une alternative extra-institutionnelle

Le NPA a dans ce domaine joué sur l’ambiguïté en prétendant construire une organisation où les opprimé-e-s « se représenteraient eux-mêmes »… tout en restant prisonnier de l’agenda institutionnel et en défendant une conception du front anticapitaliste exclusivement partidaire et électorale.

L’adresse d’Alternative libertaire aux congressistes du NPA a insisté sur le fait que cette stratégie menait à une impasse et qu’il fallait lui préférer la construction d’un affrontement généralisé avec les classes dominantes dans lequel le mouvement social se conçoive « comme alternative extra-institutionnelle, doté de son propre agenda ».

Elle a proposé de s’atteler avec d’autres à une riposte, de masse, de classe et de transformation sociale pour faire barrage à une extrême droite qui ne cesse de redresser là tête et dont le danger reste sous-estimé. Une telle stratégie doit aussi permettre d’éviter de se laisser piéger par une droite et une extrême droite qui entendent diviser les classes populaires en polarisant le débat politique sur le terrain identitaire.

Enfin, nous avons pris acte de l’absence de réflexions et de propositions sur la question de l’unité des anticapitalistes dans les textes d’orientation tout en invitant à reconsidérer cette question qui est aujourd’hui essentielle pour avancer.

Le contexte actuel est marqué par une crise internationale et structurelle du capitalisme, mais aussi par une volonté de rupture avec son caractère autoritaire et oligarchique qui se traduit une contestation croissante. Contestation qui peut même prendre des formes insurrectionnelles (pays arabes). Les révolutionnaires et plus largement les anticapitalistes voient donc de nouvelles perspectives s’ouvrir. Encore doivent-ils savoir rompre avec le sectarisme, le dogmatisme et les prétentions dérisoires à l’hégémonie pour avoir une chance d’être audibles.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

 
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