Congrès communiste libertaire de l’Allier

Naissance d’une nouvelle fédération

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Ça y est c’est fait : près de 200 personnes ont participé au congrès conjoint AL-CGA, du 8 au 10 juin dans l’Allier. Et ont décidé de fonder, ensemble, l’Union communiste libertaire. Un petit événement dans le mouvement révolutionnaire, d’ordinaire plus habitué aux scissions et aux divisions.

Une grande salle de réunion ornée de banderoles rappelant des années de luttes, des travées bondées de militantes et militants de tous âges épluchant de copieux cahiers de congrès (90 pages !) dans un joyeux tumulte… C’est avec une certaine émotion que la commission de préparation a ouvert, samedi 8 juin, la première séance du congrès conjoint AL-CGA. Un congrès exceptionnel puisqu’il devait décider – ou non ! – de leur unification.

Venues de toute la France et de la ­Belgique, près de 200 personnes y ont participé, pour deux tiers issues d’AL, et pour un tiers de la CGA, dont un nombre non négligeable de nouvelles et nouveaux. Malgré cet afflux imprévu – on n’attendait que 150 congressistes –, les camarades d’Auvergne avaient organisé, sur le site du Vert-­Plateau, un accueil impeccable : repas bio, excellente bière, animations pour les enfants et même un petit concert le dimanche soir.

Ce congrès conjoint clôturait un processus entamé fin 2017. Dix-huit mois de discussions avaient permis de vérifier qu’AL et la CGA étaient d’accord sur – à vue de nez – 90 % des sujets : l’urgence écologique, la conception de la révolution et du communisme libertaire, l’antipatriarcat, l’anti-étatisme et la critique des socialismes d’État, le rôle moteur de la lutte des classes, la pratique syndicaliste révolutionnaire, la stratégie fondée sur les luttes sociales et l’auto-organisation, l’antifascisme...

Restait donc à trancher les points moins consensuels : l’étendue de notre anti-électoralisme, le rapport marxisme-anarchisme et certaines questions féministes et antiracistes. C’est donc logiquement sur ces points que se sont concentrés les débats. Cela aura pu donner aux observatrices et observateurs l’impression trompeuse d’un dissensus général. C’est pourtant bien à cela que sert un congrès : non pas à tenir une grand-messe d’auto­célébration, mais à débattre et à trancher les désaccords.

De ce point de vue, les séances se sont déroulées dans une ambiance constructive, les opinions exprimées ne dessinant pas vraiment un clivage AL-CGA.

Vu le grand nombre de présent·es, il a fallu limiter les temps de parole à deux minutes (au lieu des trois habituelles). C’est un peu court, mais ça oblige à condenser ses arguments, et ça favorise la circulation de la parole.

Anti-électoralisme et rapport au marxisme

Au final, sur la question de ­l’anti-électoralisme, il a été établi qu’il ne peut «  y avoir de réelle démocratie dans le cadre du capitalisme. C’est pourquoi, sans faire de l’abstentionnisme un dogme intangible, nous boycottons les institutions de l’État et les élections représentatives. […] Loin de correspondre à du mépris pour les personnes qui votent, l’anti-électoralisme que nous professons est politique et non circonscrit aux échéances électorales : il renoue avec l’esprit de la Première Internationale qui affirmait que “l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes”. »

Pour ce qui est du rapport à Marx, l’UCL rejette certes les « illusions étatistes véhiculées par les courants et les théories marxistes » mais signale que « les libertaires ont largement puisé, comme Bakounine en son temps, et sans la fétichiser, dans la pensée matérialiste et dialectique synthétisée notamment par Marx. Celle-ci continue d’occuper une place singulière pour celles et ceux qui veulent changer le monde. En particulier lorsqu’elle ne s’égare pas dans le surdéterminisme économique. Pour nous, il n’y a ni destin ni fatalité : c’est bien nous toutes et tous qui, par notre action, faisons l’histoire. »

Sur la question antiraciste, le congrès a affirmé son soutien aux minorités victimes d’oppression et de discriminations – par exemple islamophobes – notamment en encourageant leur auto-organisation. Pas de façon aveugle toutefois : la solidarité de l’UCL ira « en premier lieu aux mouvements qui, aux luttes antiracistes, associent un projet démocratique d’émancipation sociale en s’appuyant sur l’action des classes populaires ».

Enfin, l’UCL voit dans la lutte contre le patriarcat une « lutte spécifique qui ne se réduit pas à la lutte contre le capitalisme, bien que l’un et l’autre se nourrissent mutuellement. Le capitalisme tire parti du travail gratuit encore en majorité effectué par les femmes », travail qui généralement profite également aux hommes « au sein de notre camp social ». Ce qui suppose une véritable révolution chez ces derniers.

Les débats sur le manifeste et les statuts ont été suivis de scrutins sur les 70 amendements mis au vote – un nombre très élevé, qui s’explique par le caractère exceptionnel de ce congrès – et d’un vote par valeurs sur le nom de la future organisation unifiée.

Le rôle du secrétariat fédéral

Le lundi matin a été consacré au vote des textes finalisés et du nom UCL (arrivé en tête la veille), et au mandatement du nouveau secrétariat fédéral (SF). Témoignage d’un certain enthousiasme, pas moins de 28 personnes (!) se sont portées candidates pour y représenter les huit commissions de fonctionnement (tréso, web, journal, relations intérieures, relations extérieures, diffusion, international, formation) et six commissions d’intervention (travail, jeunesse, antipatriarcat, écologie, antifascisme, SO). Ces mandaté·es sont issu·es de 18 groupes locaux ; aux deux tiers d’AL et pour un tiers de la CGA ; 20 % sont des femmes.

Dans une organisation autogestionnaire, le SF a pour mission non pas de « donner » la ligne, mais de mettre en musique les orientations décidées collectivement, en congrès et en coordination fédérale. Les mandaté·es au SF vont devoir trouver leurs marques dans un environnement nouveau… Bon courage à elles et eux !

Après cette ultime séance plénière, AL et la CGA se sont réu­nies séparément pour tirer un bilan du congrès, et ont voté leur autodissolution. Non sans un pincement au cœur. C’est la fin d’une aventure de vingt-huit ans pour l’une ; de dix-sept ans pour l’autre. L’UCL, leur succède. Avec des responsabilités. Comme l’a dit un congressiste en conclusion : « On ne peut se féliciter que d’avoir obtenu un permis de construire. A présent, pour notre courant politique, c’est un vaste chantier qui s’ouvre. »

Des congressistes de l’Allier


Et l’« héritage » dans tout ça ??

Que faire des analyses et orientations d’AL et de la CGA adoptées au fil des ans sur de multiples questions (lutte contre les licenciements, protectionnisme et libre-échange, Palestine, Kurdistan, luttes de libération nationale, nucléaire, prostitution...) ? On raye tout d’un trait de plume et on recommence à zéro ? Que nenni.

Une commission d’évaluation a été mandatée pour recenser toutes ces orientations, et proposer à la fédération soit de les reconduire telles quelles, soit de les déclarer obsolètes, soit de les actualiser. Ce travail sera fait progressivement, et soumis à l’approbation de chaque coordination fédérale pendant les deux années à venir.


Messages d’encouragements

Plusieurs organisations ont adressé, aux congressistes de l’Allier, soit des commentaires politiques, soit d’amicales salutations – et souvent les deux à la fois.

Pour la France, signalons les messages du NPA, de la FA, de l’OA, de la CNT-SO, de l’Association Autogestion, de l’Association des communistes unitaires (Pierre Zarka), de l’Union juive française pour la paix, de l’association Survie (lutte contre la Françafrique) et du Conseil démocratique kurde en France.

Les délégué·es de la FDCA (Italie) et de l’OSL (Suisse) ont adressé leurs salutations directement à la tribune.

De l’État espagnol, pas moins de quatre organisations avaient écrit : la CGT, la CNT, Solidaridad Obrera et la catalane Embat. Mais le plus gros contingent venait d’Amérique du Sud, avec un long message commun de la CAB (Brésil), de la FAU (Uruguay), du groupe Vía Libre (Colombie), du Núcleo pro-Federación (Chili), de la FAR et de Roja y Negra (Argentine).


Les fondamentaux

Les textes devaient recueillir 66 % de « pour » pour être adoptés. Tous ont franchi ce seuil : le manifeste de l’UCL (94,90 %) ; les statuts fédéraux (86,53 %) ; le « règlement intérieur », qui fixe les majorités qualifiées pour les prises de décision (85,42 %) ; le schéma de financement de la fédération, avec le barème de cotisations (95,59 %). Le nom UCL a été approuvé à 84,39 %.

 
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