Nécrologie : José Salamé

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Un vieux camarade et « compagnon de route », José Salamé Miro, a disparu. Il est décédé le 18 juin 2007, à l’aube de sa 88e année, à Perpignan, deux jours après la fête annuelle de la CNT 66 que, pour la première fois, il n’avait pas honoré de sa présence.

Jeune libertaire catalan lors du Pronunciamento fasciste, José Salamé avait combattu avec la CNT-FAI durant la guerre. Réfugié ensuite en France, il avait été « compagnon de route » des regroupements communistes libertaires successifs de ce pays : FA de 1945, FCL, revue Noir et Rouge, OCL-1, ORA, UTCL (ancêtre d’Alternative libertaire). Il avait par exemple participé au congrès de Nantes de l’UTCL en 1986. Il s’était rapproché à nouveau de l’anarcho-syndicalisme de la CNT française et de la CGT espagnole dans ses dernières années, participant aux activités de la CNT des Pyrénées-Orientales.

Sur le front de Saragosse

Le 19 juillet 1936, il avait participé aux combats révolutionnaires dans les rues de Barcelone, où il fut témoin de la mort de Francisco Ascaso. Il s’engagea ensuite dans la colonne Durruti, en mentant sur son jeune âge pour être enrôlé et partit pour le front de Saragosse. Il participa à la bataille de l’Ebre de juillet à novembre 1938, qui fit plus de 30 000 morts. Blessé à la fin de la guerre près de Huesca, il entrera à pied en France par le col du Perthus lors de la Retirada le 6 février 1939, blessé au visage et au bras, avec la gangrène.

De septembre 1939 à 1942, il travailla comme ouvrier agricole dans la région d’Orléans, puis fut recruté de force par l’organisation nazie Todt et affecté à la construction de la base sous-marine de Bordeaux, puis du Mur de l’Atlantique à Lorient.

Le 24 août 1944, la 2e DB, dont bon nombre de soldats étaient des anarchistes espagnols, entra dans Paris. José et des compagnons cénétistes accueillirent leurs compatriotes avec enthousiasme, rêvant à nouveau d’insurrection révolutionnaire ; ils seront très dépités de leur refus de les armer, au nom de la discipline militaire et de la nécessaire bataille d’Allemagne qui, croient-ils, sera la dernière étape avant la chute de Franco.

Aux Auberges de jeunesse

Après la Libération José travailla comme électricien à Paris jusqu’en 1948, et y rencontra sa future compagne, Renée Desvaux. Elle militait alors dans le mouvement des auberges de jeunesse, qui dans les années 1940-1950 représentait un véritable mouvement de contre-culture dans la jeunesse. Passionné par cette activité, il travaillera toute sa vie comme aide, cuisinier ou « père aubergiste » adjoint dans les Auberges alors notablement influencées par les libertaires. Il prendra sa retraite en 1987.

Dès 1945 il fréquentait assidûment la Fédération anarchiste française et notamment sa tendance communiste libertaire, nouant une solide amitié avec Georges Fontenis.

C’est à l’été 1949, dans l’auberge de jeunesse de Cannes, animée par le couple Salamé, que se tint le « stage de formation » de la Fédération anarchiste dont les débats conduiront bientôt à la formation d’une fraction communiste libertaire clandestine, l’Organisation Pensée Bataille (OPB) qui devait faire couler tant d’encre. Bien que proche, José Salamé ne sera pas membre de cette OPB qui conduira la FA à se transformer en Fédération communiste libertaire (FCL) en 1953.

Après la liquidation de la FCL en 1957 par la répression d’État, José et René Salamé se rapprocheront du groupe niçois de la FA reconstituée. Ils y seront d’actifs militants pacifistes, menant par exemple des actions de solidarité avec la grève de la faim de Louis Lecoin, pour obtenir l’objection de conscience en juin 1962. José participera également à des chantiers d’aide à l’Algérie après son indépendance.

Dans le mouvement libertaire

Après Mai 68, il fréquentera le groupe niçois de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) où il jouera le rôle utile du « grand frère », de bon conseil, discret et toujours prêt à l’action.

Très affecté par le décès accidentel de Renée en 1989, il surmontera l’épreuve, aidé par sa curiosité de militant, son appétit de lecture, son sens de l’amitié.

Écologiste, José était aussi féru de jardinage et d’alimentation biologiques, proche depuis longtemps de Nature et Progrès et abonné de La Hulotte. Mais il aimait aussi la bonne chère et les bons vins, et tout particulièrement le bordeaux de la cuvée Élisée Reclus tiré pour soutenir le Centre international des recherches sur l’anarchisme (CIRA) de Marseille, dont il était un fidèle soutien.

Sa haute silhouette toute en douceur, et, avec les ans, de plus en plus frêle, était devenue familière dans le cortège libertaire des manifestations à Perpignan ou encore, en 2006, au Perthus, lors de la marche anniversaire de la Retirada.

Daniel Guerrier (Ami d’AL, Pyrénées-Orientales)

 
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