Notre-Dame-des-Landes : On rachète collectivement !

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Après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le mouvement antiaéroport veut continuer la lutte en y expérimentant d’autres façons de vivre et de travailler. Pour consolider cette dynamique le mouvement a créé un fonds de dotation et appelle tous ses soutiens à y contribuer financièrement.

L’annonce par Édouard Philippe, le 17 janvier 2018, de l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a créé une situation nouvelle sur la ZAD, symbole par ses expérimentations agricoles, économiques, sociales et sa résistance acharnée, d’une insoumission à l’ordre capitaliste. Les opposant.es qui sont resté.es uni.es, malgré quelques vicissitudes – l’Acipa s’est dissoute en juin 2018, mais une nouvelle association s’est créée sur ses ruines : « Poursuivre Ensemble » – portent aujourd’hui un projet qui veut ancrer la résistance à l’ordre capitaliste dans la durée au sein de la ZAD.

Un territoire cohérent

L’occupation des terres sur la ZAD sur près d’une décennie ne s’est pas limitée à être un obstacle à la bétonisation des terres. Des expériences alternatives s’y sont développées, qu’elles soient agricoles (agroforesterie, apiculture, élevage en écopaturage, maraîchage bio), artisanales (conserverie, brasserie, boulangerie, travail du bois, forge, couture), culturelles (bibliothèque, espaces de rencontres, de concerts et d’expositions) ou politique (assemblées populaires, commissions de travail).

Mais au-delà de ces expériences, c’est le développement de formes de vie basées sur l’entraide, la mutualisation et les solidarités qui était et reste recherché. C’est cette richesse d’expériences que le mouvement veut aujourd’hui continuer à développer.

Après un an de tension, sur l’avenir des terres, les projets paysans issus du mouvement sont en voie de se stabiliser sur plusieurs centaines d’hectares. L’expérience commune se poursuit, mais à bien des égards le futur reste incertain, notamment en ce qui concerne les possibilités de prise en charge collective des bâtis et du foncier de la ZAD de manière à ce qu’ils demeurent à long terme un bien commun.

Le fonds de dotation

Pour se donner un coup d’avance et de la force, le mouvement se projetait depuis 2015 dans un avenir sans aéroport. Parmi les principes qui se sont dégagés, la volonté que le mouvement anti-aéroport – et non les institutions habituelles - détermine l’usage des terres et que ces terres aillent à de nouvelles installations et non à l’agrandissement. Mais après l’abandon, l’État a opposé un veto farouche à toute idée de gestion collective du territoire.

Le débat a donc continué : Comment pérenniser l’usage collectif des terres de la ZAD sans crainte du lendemain, face à l’État qui a annoncé le retour de la propriété au conseil départemental sur une partie des terres de la ZAD et son intention de vendre le reste ?

L’Assemblée des usages [1] a fait le choix d’acquérir les terres, les forêts et les bâtis par l’intermédiaire d’un fonds de dotation, une structure juridique à mi-chemin entre association et fondation, sans système de parts ni d’actions. Dans ce fonds, l’Assemblée des usages restera maîtresse des orientations, par le biais des commissions issues de cette assemblée (Foncier, Habitat, Attribution, Veille et analyse...). Le fonds est aussi conçu pour financer des projets et pour confier par baux ou convention l’usage des terres et des habitats à des structures s’organisant collectivement.

Une alternative au capitalisme

Ce fonds de dotation est la concrétisation d’une volonté de soustraire durablement bâtis, terres et forêts au morcellement privatif ainsi qu’aux plans d’aménagement de l’État ou du conseil départemental ; d’ancrer dans la durée les expérimentations économiques, culturelles, politiques et sociales ; bref de mettre en place d’autres façons de vivre et travailler, d’inventer une vie collective et solidaire qui s’oppose à l’individualisme capitaliste.

Au-delà de cet aspect, la ZAD reste le creuset d’initiatives et de solidarités avec le reste du mouvement social. Les habitant.es de la ZAD ont su concrètement affirmer leur solidarité avec le mouvement social, par la participation aux actions de blocages lors de conflits sociaux, au mouvement de solidarité avec les migrants ou en organisation des cantines populaires lors de grèves ouvrières…

Objectif : 3 millions d’euros pour acquérir les terres et les bâtiments sur lesquelles poursuivre l’aventure collective.

Aussi assurer un avenir à la ZAD, c’est participer, d’une part à la popularisation des imaginaires utopiques nécessaires à la construction du mouvement anticapitaliste. Et d’autre part – tant que ces expérimentations ne se vivront pas comme « la » solution unique et complète, mais s’inséreront dans une volonté de convergences avec les luttes sociales et écologiques – de participer à la construction des contre-pouvoirs nécessaires au combat pour une société nouvelle.

Appel à contribution financière

Baptisé La terre en commun, le fonds de dotation a lancé ses premières campagnes de dons, avec dans le viseur l’achat d’une première série de bâtiments. La première action a ciblé les soutiens les plus proches. Ils et elles ont été plus de 500 à répondre en quelques semaines… Au total, 250 000 euros ont ainsi été levés en moins de deux mois.

Ce succès renforce la conviction que l’objectif de 3 millions d’euros – pour acquérir les bâtiments, et les terres sur lesquelles poursuivre l’aventure collective qu’est la ZAD de Notre-Dame-des-Landes – est atteignable.

Aujourd’hui, l’appel aux dons se poursuit. Pour y contribuer toutes informations et contacts nécessaires sont disponibles sur le site web du fonds de dotation. [2] Enfin donnons ici une petite information complémentaire : en utilisant une structure dite d’intérêt général, ce projet qui vise à ancrer dans la durée une contestation anticapitaliste permet aux donateurs et donatrices de bénéficier de réductions d’impôts à hauteur de 66% des sommes versées.

Steph (AL Nantes)

[1L’Assemblée des Usages est le collectif « historique » de discussions et de prises de décisions concernant la vie et les activités de la ZAD.

[2Voir « Le fonds de dotation “la terre en commun” » sur https://encommun.eco

 
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