Oaxaca : l’Appo boude les élections

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Au Mexique dans l’Etat de Oaxaca, après une répression violente de la part du pouvoir en place, l’Appo et le mouvement de protestation, qui avait commencé par une grève des enseignants, et enseignantes retrouve un second souffle et réaffirme son indépendance.

L’année 2007 sera une année électorale dans l’État d’Oaxaca. En août et en octobre, des élections de parlementaires de l’État et d’autorités locales vont avoir lieu. La question de la place de l’Assemblé populaire des peuples d’Oaxaca (Appo) dans ces élections a donné lieu à des déclarations de “ porte-paroles ” autoproclamés sur la participation de l’Appo.

L’assemblée d’État de l’Appo des 10 et 11 février 2007 s’est prononcée pour un “ vote sanction ” à l’égard du Parti révolutionnaire institutionnel d’Ulises Ruiz, le gouverneur d’Oaxaca, et du Parti d’action nationale de Felipe Calderón dit FeCal, président mal élu du Mexique, tous deux responsables de la sauvagerie qui s’est déchaînée contre le mouvement populaire. Mais elle a aussi réaffirmé l’indépendance de l’Appo à l’égard de tous les pouvoirs constitués. Elle ne présentera donc pas de candidat-e-s et tout membre de l’Appo voulant se présenter, le ferait à titre personnel et devrait démissionner de ses responsabilités dans l’Appo.

Il semble bien que ce soit là une victoire de la campagne sur la ville, c’est-à-dire de la sensibilité indienne sur les vieux réflexes politicards qui affectent différents groupes de gauche et d’extrême gauche. Cette assemblée a aussi été l’occasion de remettre certaines choses au point, tant sur les perspectives générales que sur le mode de fonctionnement. Ainsi l’un des points d’accord rappelle que : “ Nous devons rompre avec le pouvoir actuel et construire le pouvoir du peuple […], détruire les institutions du capitalisme. Les partis politiques [sous-entendu : les partis de gouvernement] ne sont pas la voie pour changer le pays ”. L’assemblée a insisté sur le fait que le pouvoir populaire se construit d’en bas, et appelé à reprendre les municipalités autonomes évacuées par la répression, et à en créer de nouvelles. Sur le fonctionnement, certains se font remonter les bretelles pour être passés par-dessus la démocratie à la base : “ Aucune organisation ne peut de manière individuelle, entamer une négociation au nom de l’Appo [ou] se proclamer dirigeante de l’Appo, étant donné que l’Appo a ses organes et instances pour la prise de décisions et pour établir sa ligne ”.

Reprise de l’offensive

Le succès la megamarcha (méga-manif) du 3 février a marqué un tournant, et la population a surmonté le “ KO ” technique suivant la répression du 25 novembre. Pour la première fois depuis la supposée “ reprise en mains ”, l’assassin Ulises Ruiz Ortiz a dû renoncer à parader en public le 14 février. Alors qu’il était censé présider une cérémonie officielle pour le 176e anniversaire de la mort du général insurgé Vicente Guerrero, il est tombé sur… une barricade de la 22e section du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE) et d’autres militants et militantes de l’Appo. Brave, mais pas téméraire, le satrape a préféré rebrousser chemin.

Le 21 février, cette section a pris le bureau du ministère de l’Intérieur de la ville de Oaxaca en même temps que 32 autres bureaux à travers l’État. Depuis l’éviction de l’ancien secrétaire de la section, Enrique Rueda Pacheco, qui avait négocié en octobre dans le dos des adhérents, le syndicat a renouvelé ses liens avec l’Appo et le mouvement, redonnant une nouvelle force aux manifestations.

Le 8 mars, la dixième megamarcha, à l’appel de la coordination des femmes d’Oaxaca rejointe par l’Appo et la section 22 du SNTE, a occupé la ville, célébrant la journée de la femme, réclamant le départ d’Ulises Ruiz et la libération de toutes les personnes prisonnières. Les femmes ouvraient le cortège de 100 000 manifestants et manifestantes (selon les organisateurs et les organisatrices). Pour la première fois depuis 4 mois, Radio Planton, la radio des enseignant-e-s, a repris sa diffusion. Et le mouvement populaire parait bien avoir retrouvé une bonne partie de sa force !

Pascal (AL Rouen)

 
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