Où sont les banlieues ?

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Les banlieues sont les grandes absentes des débats politiques actuels. Comme s’il ne s’était rien passé en novembre 2005. Ou comme si toutes les causes de l’embrasement d’alors avaient été magiquement supprimées depuis...

Pourtant, rien n’est réglé. On ne peut pas dire que la situation dans les quartiers populaires se soit améliorée.

Le logement, l’écologie ou la fiscalité sont les thèmes « phare » du débat politique en ce moment. La situation et l’avenir des « banlieues », c’est-à-dire des quartiers populaires, est étrangement absente, ou releguée au second plan.

Certes, il y a l’initiative d’AC le feu. Cette association de Clichy-sous-Bois a interpelé les candidat-e-s à la présidentielle pour qu’ils et elles signent un « Pacte pour les banlieues ». Certain-e-s se prêtent au jeu, histoire de se montrer.

Certes, la démarche des cahiers de doléance est intéressante. Elle permet une expression plus directe des habitant-e-s des quartiers. Mais pour avoir une efficacité réelle et concrète, cette démarche devrait aller jusqu’à la reprise en main des décisions par les gens concernés eux-mêmes. Ils peuvent se plaindre, proposer, imaginer. Mais on ne leur donne pas les moyens de réaliser, de concrétiser, de mettre en place. Pour cela, une fois de plus, il faudrait « faire confiance » à des représentant-e-s autodésigné-e-s, que rien n’engage réellement, et surtout pas leur signature sous les flashs et les caméras.

Oui, ces cahiers de doléances des banlieues peuvent être une base de travail et de réflexion intéressante. A condition de ne pas les laisser kidnapper, détourner, falsifier par les électoralistes professionnels. Au contraire, c’est la population concernée elle-même qui doit se saisir de ces revendications, les tester, les améliorer.

Nous ne jetons la pierre à personne. Nous pouvons comprendre la volonté de « faire avec les moyens du bord ». Mais nous ne nous faisons pas d’illusion.

Le vrai débat politique, c’est-à-dire dans toute la société, sur les banlieues, reste à construire et à organiser.

Les quartiers populaires restent des zones de relégation sociale. Il y a d’un côté là où on « parque » les pauvres, les travailleurs, bref, les prolétaires. Et d’un autre côté les zones « protégées » pour « riches » (ou croyant l’être). Il y a d’un côté Argenteuil où Sarkozy traite les habitant-e-s des quartiers populaires de « racailles » et de l’autre côté Neuilly dont le même Sarkozy a été maire. Il y a d’un côté Bondy avec plus de 50% de logements sociaux, un des splus forts taux en France, et de l’autre Le Raincy, à quelques kilomètres de là à peine, avec 3,91% de logements sociaux.

Depuis les émeutes de novembre 2005, pas grand chose n’a changé. Certes, quelques associations ont retrouvé leurs subventions. Mais sur le fond ? Les inégalités, le mépris et l’injustice n’ont pas reculé. Au contraire. Il suffit de voir certains policiers se comporter comme une armée coloniale d’occupation dans certains quartiers de Seine-Saint-Denis pour comprendre que tous les ingrédients sont là pour un nouvel embrasement. Il est même étonnant que la situation n’ait pas déjà explosé de nouveau.

Que faire ? Inciter les habitants et les habitantes à prendre leur vie et leur quartier en main. Rappeler l’évidence : qu’il n’y a pas grand-chose à attendre des démagogues qui sollicitent nos voix. Qu’ils se préoccupent des banlieues uniquement quand elles représentent une opportunité médiatique.

L’autogestion, ce n’est pas seulement dans les entreprises qu’elle est nécessaire : c’est aussi dans tous nos lieux de vie.

 
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