mardi, 3 juin 2003
 
 

Pages Lyon : Contre-pouvoirs syndicaux et libertaires

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Ce mois-ci, Alternative libertaire fait étape à Lyon, ville où les libertaires, d’une manière générale, disposent d’une solide implantation politique, sociale et culturelle. Écologie, syndicalisme, édition, radio, Internet, débats politiques, les libertaires interviennent dans de nombreux domaines . Ces pages ont été réalisées par les militantes et militants d’Alternative libertaire Lyon.

Si la capitale des Gaules, fière d’être en partie classée « patrimoine de l’humanité », se gausse parfois d’être la deuxième ville de France, la faiblesse des mobilisations dans les luttes depuis plusieurs années (sauf circonstances exceptionnelles, comme le 1er mai 2002) ne peut permettre la comparaison (et de loin) avec Marseille. Certes, l’importance du tissu associatif catho et humanitaire aplanit bien des difficultés individuelles pour les plus précarisé(e)s qui les sollicitent, mais cela gêne aussi, par les idéologies véhiculées, l’émergence et la structuration de collectifs de lutte auto-organisés (sans-papiers notamment). C’est surtout la « gauche aux affaires » qui a neutralisé ses relais habituels (syndicats, associations), soucieux de ne pas la gêner.

Ce manque de réelle réaction face à la conversion sans complexe de la « gauche plurielle » à l’économie de marché et à la régression sociale, dans cette ville traditionnellement de droite, a franchement pesé ces dernières années. Pourtant, les raisons de se révolter et de lutter ne manquent pas, car même si la localisation stratégique et le poids économique de la ville et de la région permettent de moins craindre qu’ailleurs les conséquences sociales de la décentralisation en cours, les politiques menées se sont nettement durcies ces dernières années, comme dans tout l’Hexagone.

Précarisation au menu

La banalité des boulots mal payés et précaires s’est imposée, avec un patronat qui se permet comme ailleurs de faire à peu près tout ce qu’il veut. Il n’y a plus guère que les transports urbains et la SNCF qui sont capables de mener des conflits longs et durs, souvent en grande partie victorieux, du fait de leur capacité de blocage (cela pose d’ailleurs le problème de l’absence de grève pour la gratuité et du manque de jonction avec le collectif de lutte local pour la gratuité des transports). Même s’il existe plusieurs collectifs de chômeurs et précaires sur l’agglomération, ils ont une réelle difficulté à élargir leurs cercles de mobilisation, même lors d’échéances importantes (dernier accord Unedic par exemple). Des luttes dans l’éducation, comme celles des aides-éducateurs ou la journée « école morte » à Vaulx-en-Velin en avril organisée par un collectif de personnels (avec une forte présence de la CNT) et de parents, sont à signaler. Enfin, actuellement, le Comité intersyndical de défense des retraites du Rhône (voir ci-dessous) est la perspective la plus intéressante pour favoriser une lutte globale.

Pénurie du logement

Pour accéder à un logement social ou à bon marché, c’est la galère, malgré les nombreux logements vacants, car c’est la pénurie qui dure et qui est aggravée ces derniers temps par les programmes de démolitions/reconstructions ; cela renforce la discrimination dont sont victimes en premier lieu les étranger(e)s et les pauvres. L’existence d’un bidonville aux portes de la ville pendant plusieurs mois, avec des Roms qui ont vécu là dans des conditions déplorables avant d’en être chassé(e)s, est de notoriété nationale.

Menaces écologiques majeures

Avec un des seuils de pollution parmi les plus importants, le choix du (presque) tout-bagnole et la multiplication des parkings exclusivement gérés par une société privée, les dangers induits par le long « couloir de la chimie » et la proximité de plusieurs centrales nucléaires, il y aurait matière à mener de grandes batailles, mais à part (parfois) la question du nucléaire et les manifs à vélo, il y a là aussi de grandes difficultés à construire des mobilisations.

Flicage à tous les étages

Face au renforcement de la vidéosurveillance (y compris dans des bus), du flicage du centre-ville, des banlieues et des transports (avec une grosse campagne antifraude dans les bus et les trains), face à la remise en cause de l’affichage libre et, surtout, face à la prégnance du racisme (scores importants du FN dans la région) et du sexisme ordinaires, ce sont surtout les libertaires qui ont été à l’origine des initiatives contre cette tendance lourde de la société qu’est le délire sécuritaire.

Enfin, quand même, signalons les mobilisations assez réussies pour soutenir le peuple palestinien, les diverses manifs liées aux retraites et celles contre la guerre.

AL Lyon, le 10-05-2003