Papyart (sérigraphe libertaire)  : «  Il est devenu vital que les transports soient gratuits  »

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Papyart est un sérigraphe et militant libertaire lyonnais qui s’est illustré dans les années 1970 pour la protection du quartier de la Croix-Rousse qui devait être transformé en quartier d’affaire. Il milite entre autre pour un accès libre aux transports en commun. La dernière campagne anti-fraude des Transports en commun lyonnais (TCL) montre des usagers comme des criminel.les et la solidarité comme un délit (150 euros d’amendes pour le don d’un ticket de transport encore valide). En réaction, Papyart prépare une expo des affiches de la lutte pour la gratuité des transports à Lyon.

Alternative libertaire  : Peux-tu nous expliquer comment et quand a commencé ton engagement pour la gratuité des transports à Lyon  ?

Papyart  : Mon engagement a commencé en réalité avec la lutte pour «  les pistes cyclables à Lyon  » dans les années 1975-1976. En effet, à cette époque, les vélos étaient très mals vus car selon les autorités, ils gênaient la circulation automobile. Les cyclistes étaient acceptés seulement pour le Tour de France  ! Le vélo de loisirs, genre VTT n’existait pas et même au parc de la Tête d’or, il était interdit de faire du vélo  ! Le moyen de transports privilégié était la bagnole, le maire, Louis Pradel, et son équipe ne juraient que par les voies rapides, les trémies et sa plus belle réalisation fut sans conteste de faire déboucher l’autoroute devant la gare de Perrache.

À 17 ans, je suis parti à Copenhague, au Danemark, visiter la vaste zone squattée de Christiana et là j’ai découvert les milliers de vélos dans le centre ville. Ça a été un choc et, dès mon retour, j’ai participé à la réalisation d’affiches en sérigraphie pour exiger des pistes cyclables. Dans différents groupes écolo-libertaires, c’était l’époque des manifs anti-nucléaire et les militants étaient moins dogmatiques. Il y avait un atelier de sérigraphie dans l’immeuble historique «  Horace Cardon  » rue Mercière, c’est dans les locaux du Groupe d’action et de résistance à la militarisation (GARM) que la première affiche appelant à une manif, en juin 75, à été imprimée et signée par les Amis de la Terre  !

Sur Radio Nova, à l’occasion de l’ouverture de l’expo.

Quelles ont été les actions réalisées  ?

Papyart  : À la même période, le comité populaire de la Croix-Rousse faisait un journal mural grand format, imprimé en sérigraphie et collé sur les murs du quartier. Une lutte a été menée pour exiger une station de métro à Croix-Paquet, que les TCL voulait zapper dans un souci de rentabilité et de vitesse, c’était l’époque du nouveau métro. À cette occasion, la population s’est beaucoup mobilisée surtout les anciens qui avaient connu «  la ficelle à deux sous  » un tram hyper pratique qui passait rue Terme pour remonter des pentes vers le plateau et que le maire, Pradel, avait supprimé au début de son mandat. Par la suite, l’idée de transports gratuits est apparue dans beaucoup de revendications, même dans le programme d’un groupe politique en vogue à l’époque, le PSU. Les libertaires de la rue Pierre-Blanc ont commencé à faire des affiches puis des autocollants, j’en ai imprimé dans une entreprise où je bossais, d’autres en ont fait en offset, l’agitation à commencé  ! En 1988, l’organisation communiste libertaire (OCL) de Lyon appelle à un boycott du ticket suite au passage à 7 francs, les amendes pleuvent  ! En 1993, c’est le «  comité chomeurs précaires  » qui prend le relais pour exiger les transports gratuits, des agences TCL sont envahies. Début 2000, des syndicats reprennent l’idée de gratuité, c’est l’époque où certaines villes la mettent en place.

Selon toi, en quoi la gratuité des transports est-elle souhaitable  ? Le transport en commun peut-il réellement être gratuit ?

Papyart  : Oui, il vaut mieux parler de libre usage des transports en commun car il y a toujours quelqu’un qui paye les frais de fonctionnement  ; on le voit avec la participation des employeurs qui prennent en charge 50 % du coût de l’abonnement de leurs salarié.es. D’autres sources de financement sont possible. Des bataillons de chercheurs en fac de socio ont pondu des rayonnages entiers sur ce sujet depuis le temps  ! Dans un souci de santé publique, aujourd’hui avec la pollution, il est devenu vital que les transports soient gratuits. Dans le domaine de la gestion, la billeterie des TCL doit leur coûter une fortune en machines et contrôles divers, ils feraient peut être des économies  !

Quelles sont tes réactions face à la dernière campagne antifraude mené par les TCL  ?

Papyart  : J’ai trouvé que c’était une campagne dans l’air du temps, menaçante et agressive, et bêtement moralisatrice. Reprendre les visuels du film Usual Suspect, c’est drôle pour les hypsters cinéphiles, à l’inverse la «  menace d’une garde à vue  » ça terrorise toujours les plus pauvres, ceux qui n’ont rien, pas d’assistante sociale pour leur donner des tickets, pas de vélos pour se déplacer, pas de patron qui prend l’abonnement en charge. C’est pourquoi j’ai décidé de réagir en faisant cette exposition sur les luttes passées, pour démontrer que les révolutionnaires aussi font de la bonne communication, mais humaine  !

Vernissage de l’expo, le 1er mars.

Parle-nous de ton exposition. En quoi la lutte pour la gratuité est-elle toujours d’actualité  ?

Papyart  : Ce sera une exposition d’affiches du XXe siècle sur le thème des luttes pour les «  transports gratuits  ». Elles proviennent de différentes sources. Une majorité a été imprimées à Lyon , notament les adhésifs en sérigraphie avec le célébre slogan «  Ton ticket peut encore servir, donne-le à quelqu’un qui monte  » édités pour la 1re fois en 1978 puis repris par de multiples groupes les décennies suivantes  !

C’est d’ailleurs en partie ce message qui était visé dans la dernière campagne de pub avec la menace d’une amende  ! Les réseaux sociaux ont réagi massivement, certains ont détourné avec talent les affiches. Mon expo pourrait être l’occasion d’échanger sur les ripostes graphiques à envisager quand on se trouve en face de ces pubs moralisatrices, qui viennent régulièrement salir nos petits matins.

Propos recueillis par Julien I. (AL Lyon)

  • L’exposition de Papyart "Gratuité des transports" est visible en mars au 37 rue de Burdeau, Lyon Ier. Le vernissage de l’exposition était le jeudi 1er mars à 19 heures.
 
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