Parcoursup : comment s’en débarrasser ?

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La sélection à l’entrée de l’université, cette ligne rouge des politiques d’éducation, a été mise en place cette année non sans entraîner chez les personnels, étudiants et étudiantes un niveau de contestation jamais atteint depuis la fin des années 2000. La mobilisation n’a cependant été ni assez forte, ni suivie par les premiers concerné.es, les lycéennes et lycéens, pour faire plier un gouvernement déterminé. Bilan et perspectives d’une lutte qui n’est pas pour autant terminée.

La sélection à l’entrée de l’université, cette ligne rouge des politiques d’éducation, a été mise en place cette année non sans entraîner chez les personnels, étudiants et étudiantes un niveau de contestation jamais atteint depuis la fin des années 2000. La mobilisation n’a cependant été ni assez forte, ni suivie par les premiers concerné.es, les lycéennes et lycéens, pour faire plier un gouvernement déterminé. Bilan et perspectives d’une lutte qui n’est pas pour autant terminée.

En février, des premières journées de grève réussies n’ont cependant pas débouché sur une lutte d’ampleur. Sans construire une opposition frontale à la réforme, les professeur.es de lycée ont pour beaucoup refusé d’y collaborer. Alors qu’il leur était demandé de prémâcher le travail de sélection en évaluant les vœux d’orientation des élèves, ils ont souvent, conformément aux consignes syndicales, attribué les avis les plus favorables ou pas d’avis du tout.

Les universités entrent en grève

Contre toute attente, c’est tardivement, après le 22 mars, que tout s’est accéléré. La réussite relative de la journée de grève de la fonction publique et des cheminots a servi d’appui. Mais c’est surtout le choc suscité par l’attaque physique des étudiantes et étudiants qui occupaient ce soir-là un amphi de la faculté de droit de Montpellier, commise par des nervis d’extrême droite et cautionnée par le doyen, qui déclenche un mouvement de protestation dans les universités. À Toulouse Le Mirail, Paris I, Montpellier, Strasbourg, Lille, Nancy, Nanterre, Bordeaux, Nantes, Rennes, Paris VIII Saint-Denis, Censier, Lyon II... ce sont bientôt des milliers de personnes qui participent aux assemblées générales et les campus sont occupés.

À l’approche des examens, la répression se fait violente et les étudiants s’engagent dans une grève dure et courageuse des partiels. Il s’agit souvent de débrayages majoritaires : AG de début d’épreuve, vote de la grève, départ des étudiants qui rendent des copies portant la seule mention « étudiant-e en grève ». Manquent cependant les lycéennes et lycéens : quand la réalité du tri social opéré par Parcoursup leur explose au visage au soir du 22 mai, jour des premières réponses à leurs candidatures, il est trop tard, moins d’un mois avant le bac.

Et maintenant ?

Avons-nous perdu ? Pas encore. Toute l’année, le gouvernement a claironné que tous les bacheliers seraient affecté.es au 1er septembre. Désormais, son calendrier court jusqu’au 21 et ira dans les faits bien au-delà. La rentrée universitaire sera entièrement désorganisée, les formations du supérieur ne connaissant leurs effectifs définitifs que tard dans le semestre. Parallèlement d’autres mesures détruisant les qualifications, renforçant le tri social, entraînant des suppressions de postes seront précisées : réformes des lycées généraux, technologiques et professionnels, du bac, de la licence. Que feront tous les étudiants pas ou mal affecté-e-s ? Et les nouveaux et nouvelles élèves de terminale qui savent désormais ce qui les attend ? Dans les universités, les syndicats de lutte qui se sont impliqués sans hésitation dans la grève sortent renforcés. Cette rentrée, il faut désormais la préparer.

Contre-bilan de Parcoursup

En attendant, le travail de mobilisation passe par un contre-bilan de Parcoursup. Jusqu’à la fin de l’année scolaire, le gouvernement a publié des chiffres sur le nombre d’élèves ayant reçu ou non une proposition d’affectation. Sur 800 000 candidats, le système antérieur, Admission post-bac (APB), donnait au 8 juin 2017 une réponse à 80 % d’entre eux, et 50 % étaient alors affecté.es sur leur premier choix. Parcoursup a atteint les 80 % d’élèves avec une réponse seulement fin juin, au moment du bac, et seul.es 40 % ont définitivement accepté une proposition, c’est-à-dire sont satisfaits – ou résigné.es. Les autres sont sans proposition, en attente d’une réponse qui correspondrait vraiment à leur choix, voire ont quitté la plateforme.

Le gouvernement refuse en revanche de donner les résultats détaillés par filière de bac, par département, par lycée d’origine. Et pour cause, ceux-ci feraient apparaître les écarts très importants qui existent selon la situation scolaire et territoriale des élèves, soit selon leur origine sociale. C’est pourquoi le syndicat Sud-Éducation s’est lancé dans un travail de contre-expertise. Depuis le 22 mai, il appelle les professeur.es et les élèves de terminale à renseigner et actualiser la situation pour leur classe. Il a ainsi constitué une base de données régulièrement analysée par des syndicalistes qui ont mis leurs compétences en sociologie au service du projet, et s’est retrouvé la seule source à fournir des informations sur les inégalités de Parcoursup à l’échelle nationale.

À la veille du bac, cette base collectait les résultats pour 12 000 élèves. On observait alors, par exemple, que 60 % des candidats inscrits en filière professionnelle n’avaient toujours aucune réponse positive, et que c’était le cas également pour 57 % de celles et ceux inscrits en filière technologique [1].

La loi Ore n’est donc rien d’autre qu’une entreprise d’exclusion des élèves les plus fragiles scolairement et socialement de l’accès à des qualifications permettant de les protéger un minimum sur le marché du travail. Pour cette raison, nous continuerons de la combattre.

Julie (AL Saint-Denis)

[1Le formulaire de recension et les résultats détaillés,régulièrement mis à jour, sont sur le site de Sud-Éducation : www.sudeducation.org.

 
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