Peuple algérien, encore un effort…

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L’Algérie aussi a connu son cycle de révoltes populaires réprimées. Entre un pouvoir dur et une opposition dispersée, les appels à élargir la mobilisation ont échoué à transformer politiquement la légitimité de la révolte en rupture sociale.

Si les émeutes algériennes se comptaient déjà par milliers en 2010, la semaine du 5 au 9 janvier 2011 aura été sanglante, à Alger, Hussein Dey, Bab el-Oued, Boumerdès, à Akbou en Kabylie : cinq morts, un millier de blessé-e-s et plus de mille arrestations. La raison officielle : la hausse du coût des aliments de première nécessité (surtout l’huile et le sucre). La raison officieuse : un ras-le-bol face au pouvoir autoritaire de Bouteflika qui joue désormais l’apaisement en affirmant travailler à un ajustement des prix à la consommation.

Des foyers d’agitation restés actifs signalent que les vraies questions demeurent. La promesse de l’annulation des taxes sur les produits de base est une manière de botter en touche quand un chômage endémique, la pénurie de logements, le clientélisme et le manque de libertés rongent la société algérienne depuis des décennies. Parler d’émeutes du sucre comme le fait le pouvoir, c’est dépolitiser une révolte populaire incarnée par la frange la plus marginalisée de la jeunesse algérienne issue des grandes villes comme de Kabylie, par-delà les habituels clivages identitaires.

Les islamistes virés des manifestations

La hausse entre fin 2010 et début 2011 des produits de large consommation est en fait due à la répercussion par les commerçants d’une TVA de 17 % imposée par l’État, et à la hausse mondiale des prix des matières premières agricoles. La goinfrerie du capital transnational et de l’État algérien ont suscité une ambiance de quasi-insurrection qui rappelle la série d’émeutes ayant ébranlé le pays en octobre 1988.

Alger n’avait pas connu une situation aussi tendue depuis le mot d’ordre de grève générale lancé en juin 1991 par le Front islamique du Salut. Si les islamistes ont vu dans ces émeutes une possibilité de récupération politique de la jeunesse révoltée, certains ont été virés des manifestations, comme en Kabylie. Si quelques partis d’opposition ont tenté de dénoncer la répression en réclamant des réformes politiques, notamment la fin de l’état d’urgence en vigueur depuis février 1992, ils ont été peu nombreux à initier des actions fortes. Signalons que plusieurs associations et collectifs ont appelé à la libération des émeutiers interpelés, par exemple à Tizi Ouzou en Kabylie.

Un rassemblement citoyen était prévu samedi 13 janvier à la place de la Liberté de la presse, à Alger. Un appel à une grève générale lancée à l’université de Bouzaréah à Alger n’a pas eu le succès escompté.

Flottements dans la mobilisation

Une marche organisée le lendemain à l’université Abderrahmane Mira de Bejaïa en Kabylie a mieux fonctionné. Généralement, les étudiantes et étudiants algériens, malgré une forte exposition au chômage, n’ont pas nourri la contestation. Il faut dire que l’université algérienne est contrôlée par des associations étudiantes affiliées au pouvoir. Enfin, si les réseaux sociaux connaissent d’étranges perturbations, l’armée demeure soudée au pouvoir, contrairement au cas tunisien. Espérons pour le peuple algérien qu’il saura bientôt, à l’imitation de son voisin, dépasser les obstacles l’empêchant de s’émanciper d’un Etat-FLN désavoué.

Franz B. (AL 93)

 
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