Plans jeunes et réformes scolaires : Hypocrisie gouvernementale contre jeunesse en détresse

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L’acharnement de ce gouvernement contre la jeunesse est sans précédent. Ce même gouvernement vient d’annoncer deux projets censés régler les maux qu’il a lui même créés.

Alors que le quinquennat de Sarkozy est marqué par une lutte quasiment discontinue du monde de l’éducation contre les amputations drastiques du budget de l’Éducation (suppression de 25 000 postes depuis 2007, LRU, réforme Darcos…), que les conditions d’études et de vie des étudiants se sont fortement précarisées – un étudiant sur cinq est obligé de travailler, 17 % des 18-29 ans vivent sous le seuil de pauvreté [1] – et que beaucoup d’entres eux vivent « au crochet » de leur familles faute de moyens d’accéder à l’autonomie, le gouvernement vient de faire l’annonce de deux projets qui sont censés résoudre les maux dont il est, en partie, responsable …

Précarité et Contrôle d’Etat

Le « plan jeune » de Sarko et sa clique, présenté en grande pompe le 29 septembre dernier, se divise en plusieurs axes : une mission de « sauvetage » pour les jeunes exclus du système scolaire – 120 000 chaque année – qui auront le plaisir de suivre des « formations » non précisées, avec des aides financières diverses, fortement encadrés par l’État, avec un contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis) et le RSA qui sera élargie aux moins de 25 ans (sous réserve de 2 années travaillées sur 3) : une vraie mise sous tutelle de la jeunesse déscolarisée et précaire, qui se verra obligée de suivre les termes de son contrat de réinsertion (ou d’insertion), selon les dépenses préconisées par l’État, les formations d’État … Le « marche ou crève » remis au goût du jour par Sarko.

Les étudiants ne sont pas oubliés : ils auront le droit à un dixième mois de bourse, certes, mais seulement « lorsque la formation le justifiera » et en échange de plus de contrôle d’assiduité en cours. Merci Nicolas… Ces mesures s’accompagnent d’autres plus mineures, comme la création d’un conseil représentatif de la jeunesse, dont les attributions seront surtout décoratives, le renforcement du service civique et, histoire de nous faire rigoler en ces temps difficiles, une pré-majorité à 16 ans pour les jeunes qui veulent « créer leur entreprise » [2] (sic). Sarko lâche en fait quelques miettes pour ne pas avoir à donner ce que les étudiants et jeunes revendiquent depuis des années : une allocation d’autonomie pour tous et pour toutes.

Réforme du lycée : une démagogie grossière

Le 13 octobre, un autre pierre complétait l’édifice, Sarko annonçant haut et fort la nouvelle mouture de la reforme lycée, abandonnée par Darcos devant la pression des manifestations lycéennes l’année dernière et la menace du mouvement étudiant qui se profilait.

Usant de son habituel retournement de veste, Nicolas prétend revaloriser la filière littéraire par rapport à la scientifique en y ajoutant du scientifique ; créer une meilleure orientation postbac, avec la création d’un service national de l’orientation, un « meilleur accompagnement des élèves en difficultés » , la « possibilité de réorientation en Première », etc. De beaux projets, par rapport à l’uniformisation voulue par Darcos l’année dernière, dans une réforme que Sarkozy lui-même « ne comprenait pas » [3]. Problème : aucune annonce pour le financement n’a été faite et l’on craint d’ores et déjà que c’est par une flexibilité accrue des professeurs que celle-ci se fera. En gros, beaucoup de bruit pour presque rien, une démagogie grossière pour éviter les remous lycéens.

Toute ces mesures n’ont qu’un seul but : nous endormir et nous faire accepter l’idée que l’alternance, la formation professionnelle, et la mise sous tutelle par l’État et le patronat (qui pourra acheter du jeune formé et encadré par l’État) sont notre seul avenir. Cela n’arrivera pas si nous restons tous, étudiants, enseignants et lycéens, en alerte et prêt à nous organiser pour une autre éducation : gratuite, populaire, et permettant l’émancipation de la jeunesse. Et pour cela, seule la lutte nous fera avancer.

Hugues (AL 95)

[1Observatoire des inégalités

[2Dossier de presse « Agir pour la jeunesse » 29-09-09 , présidence de la république.

[3L’Express du 13 Octobre 2009.

 
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