Point de vue : Deux visions du féminisme

Version imprimable de cet article Version imprimable


La multiplication des violences appelle une riposte collective de toutes les forces féministes. Une riposte qui nécessite un dépassement du féminisme institutionnel incarné par le Collectif national pour les droits des femmes et qui pourrait être incarnée par le collectif « 8 mars pour toutes ».

Le 8 mars dernier il y avait, pour la journée mondiale de lutte pour les droits des femmes, deux manifestations à Paris : l’une organisée principalement par le Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), l’autre par le collectif du « 8 mars pour toutes » qui ont regroupé plusieurs milliers de personnes chacune. S’il nous semblait important d’être présentes dans la rue ce jour-là, il nous a semblé après coup que nous étions prises dans une alternative non satisfaisante. En tant que féministes radicales et libertaires nous ne sommes pas satisfaites de la situation actuelle.

Le 8 mars dernier nous devions donc faire le choix entre deux manifestations. Celle du CNDF qui est composée de plusieurs associations, partis (Front de gauche, satellites du PS, une branche du NPA…) et organisations féministes dont les chefs s’inscrivent dans un féminisme institutionnel et réformiste pour qui le lobbying auprès des élus est un choix de lutte privilégié. Nous n’avions pas vraiment apprécié, au-delà du coté réformiste des mots d’ordre, l’autoritarisme qui régnait dans les réunions unitaires. La « vieille garde » tient à sa place et ne compte pas se laisser bousculer surtout dans sa conception du féminisme, principalement blanche et républicaine, qui passe plutôt bien auprès des médias et des élus. On se bat pour l’égalité des sexes mais en capitalisme et en respectant les règles de la démocratie libérale.

Sortir de l’impasse

L’autre manifestation, celle du « 8 mars pour toutes », était plus radicale car elle comprenait des cortèges multiples de sans-papiers, de libertaires, d’antifas, pour la Palestine, des associations LGBTI, des travailleurs du sexe ainsi qu’une surreprésentation d’une branche du NPA. Cette manifestation a pu attirer tous ces collectifs car les réunions d’organisations étaient plus démocratiques et moins excluantes que celle du CNDF et qu’elles s’accompagnaient d’un véritable travail de terrain. Pour autant les mots d’ordre de l’appel étaient très généraux et ne portaient que sur l’émancipation individuelle. Cette stratégie ayant été choisie pour faire consensus et laisser les collectifs parler de leurs propres revendications. Mais cela ne nous semble pas satisfaisant car un féminisme radical doit être une lutte globale contre le système patriarcal et le capitalisme.

À la tête de la manifestation du « 8 mars pour toutes » il y avait le Strass, un syndicat de travailleuses du sexe qui revendique la reconnaissance du travail du sexe comme un travail comme un autre. Au-delà des débats que l’on peut avoir sur la prostitution, AL étant abolitionniste, ce qui a posé problème c’est qu’à la tête de cette manifestation un syndicat corporatiste se soit mis en avant au détriment des groupes féministes luttant pour le changement global de la société.

La séparation entre ces deux manifs qui, les années précédentes, manifestaient ensemble ou tentaient de le faire, montre à quel point, aujourd’hui, l’extrême gauche et la gauche semblent s’affronter autour de deux thèmes récurrents : la prostitution et le voile islamique. En effet, cela fait plusieurs années qu’à chaque 8 mars, le Strass et des femmes voilées se font systématiquement refouler des manifestations du CNDF, manu militari. Poussant ainsi le collectif « 8 mars pour toutes », où le Strass intervient, à organiser cette année sa manifestation en dehors de celle organisée par le CNDF. Mais comment arriver à dépasser cette césure qui semble se creuser entre ces deux visions du féminisme ?

Il est temps de réussir à sortir de l’impasse et du faux clivage entre lutte particulariste et lutte universaliste. Nous devons articuler les deux, et dépasser ce clivage dans nos revendications et dans nos luttes. Un peu comme le Fhar (Front homosexuel d’action révolutionnaire) pour les luttes homosexuelles dans les années 1970 qui aurait bien ri de nous en nous voyant descendre dans la rue pour le mariage gay l’année dernière au nom de l’égalité des droits, alors que le mariage est une institution rétrograde de domination patriarcale et hétérosexuelle.

Lutter contre les violences sexistes

Un féminisme radical se bat de manière autonome par rapport à toutes les institutions et lutte tout autant contre les systèmes de domination et d’exploitation que sont le patriarcat et le capitalisme. Or il est plus que nécessaire de lutter, quand aujourd’hui malgré les discours et bonnes intentions affichées, les violences sexistes et misogynes, autant physiques que symboliques, sont plus fortes que jamais.

Des féministes d’AL

 
☰ Accès rapide
Retour en haut