Pologne : L’avortement, un droit à reconquérir

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Les femmes de Pologne ont conservé leur droit à l’IVG déjà réduit à presque rien et quasi impossible à exercer malgré une tentative de ­l’Église de le supprimer totalement. Ce n’est pas vraiment une victoire.

Les Polonaises sont descendues dans la rue en octobre pour protéger leur déjà fort maigre droit à l’avortement contre une tentative de l’interdire complètement. Pourtant, ce droit fondamental des femmes n’a pas toujours été absent du pays. Ainsi, de 1955 à 1993, l’avortement était libre et gratuit. De 1989 à 1993 , les partis cathos fondamentalistes et l’Église tentèrent à plusieurs reprises de le faire interdire. Et y parvinrent quasiment. Après un chantage de l’Église menaçant de ne plus soutenir les réformes ultralibérales en cours, le parlement vota l’interdiction en janvier 1993. Après quelques tentatives d’améliorations vaincues par la droite catho, les femmes pâtissent définitivement depuis 1996 d’une des lois les plus restrictives d’Europe. L’IVG n’est autorisée que dans le cas d’une malformation du fœtus, d’une menace pour la vie ou pour la santé de la femme ou si un viol, dont le viol par inceste, est à l’origine de la grossesse.

Entre 100 000 et 150 000 IVG clandestines

Il y a quelques centaines d’IVG légales chaque année, y accéder reste difficile à cause du lobbying catholique. Les organisations féministes chiffrent le nombre d’IVG clandestines entre 100 000 et 150 000, essentiellement dans les pays voisins aux législations plus favorables.

Au printemps de cette année, quelques évêques ont pris position pour une interdiction totale, suivi par un mouvement de citoyens et citoyennes réactionnaires qui a proposé une loi interdisant l’avortement sauf en cas de danger pour la vie de la mère. Le projet a recueilli assez de signatures pour être présenté au Parlement qui a accepté de le faire entrer dans la procédure de vote.

Les premières manifestations de femmes avaient commencé en mai, une journée de gréve et manifestations a été le point culminant le « lundi noir » (parce que les femmes ont manifesté habillées en noir) le 3 octobre. Le parlement a rejeté le projet de loi le 6 et a ainsi coupé court au débat qui, une fois ouvert, ne pourra se refermer qu’avec la libéralisation du droit à l’avortement. Les plus réactionnaires ont peu perdu, l’IVG reste inaccessible en Pologne, et ils préparent déjà d’autres projets comme l’interdiction de l’interruption médicale de grossesse en cas de malformation du fœtus. La Première ministre a annoncé le relèvement des allocations pour les familles choisissant d’élever des enfants handicapés ou les femmes choisissant de mener à terme une grossesse dangereuse.

Les femmes n’ont rien gagné, le combat reste à mener dans une Europe dont les dirigeants n’ont que mépris pour ce droit qui n’est pas inscrit dans la charte des droits fondamentaux.

Christine (AL Orne)

 
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