lundi, 24 novembre 2014
 
 

Pour la grève générale, pour stopper la guerre sans limite du capital

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Un après le 21 avril et la forte demande de politique exprimée dans les manifestations antifascistes, ne sommes nous pas en train de payer l’illusion qui a fait de la recomposition politique l’axe central des mobilisations de ces douze derniers mois au détriment de la construction d’un mouvement social large permettant de stopper l’offensive ultralibérale et ultraréactionnaire de Chirac, Raffarin et Sarkozy ?

21 avril 2002, la présence de l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle crée une secousse politique et amène des centaines de milliers de personnes parmi lesquelles de nombreux(ses) jeunes à descendre dans la rue. Au-delà du message antifasciste et antiraciste, cette mobilisation est l’expression d’un besoin fort de politisation qui ne s’exprime pas dans l’offre politique.

L’extrême gauche trotskiste sort renforcée du 21 avril. La Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Lutte ouvrière (LO) et le Parti des travailleurs (PT) totalisent plus de 10 % des voix. Le PT et surtout la LCR recrutent pendant que LO essaie de trouver un(e) successeur(se) à Arlette Laguiller. Mais cette construction se fait d’abord sur une dynamique électorale. On adhère à la LCR parce qu’elle symbolise la « vraie gauche » avec ce que cela suppose en terme d’implication dans les institutions.

Olivier Besancenot intervient du reste davantage comme un leader des mouvements sociaux que comme un militant politique porteur d’un projet de société. D’une manière générale, les organisations politiques sont de plus en plus importantes dans les manifestations (sans-papiers, Palestine, antiguerre...). Il n’y a pas de quoi s’en plaindre, à ceci près que, dans le même temps, les cortèges des syndicats et des associations fondent.

À côté de cela, les réseaux (Palestine, Agir contre la guerre…) luttant pour une cause précise et structurés à partir de comités locaux prospèrent également.

La tête ailleurs

Pour valorisante qu’elle soit, l’idée que la solution viendra des organisations politiques a un coût.

On peut parler d’une arme à double tranchant. D’un côté des organisations politiques contribuent à dynamiser des mobilisations à la charge fortement politique (antiguerre). Mais comme leurs militant(e)s misent tout sur la construction de leurs organisations, à la taille encore modeste, ce dynamisme se fait au détriment des mouvements sociaux et cela se paye aujourd’hui dans l’offensive à la politique réactionnaire de Raffarin.

L’autre problème auquel sont confrontés les mouvements sociaux est celui d’une construction virtuelle par un mouvement altermondialisation qui n’existe pas en France à la différence de l’Italie, l’Espagne, ou la Grande Bretagne.

Pendant que les militantes et militants ont la tête ailleurs, le gouvernement Raffarin avance sans obstacle majeur dans l’application, de son programme de guerre sociale sans limite.

Lois sécuritaires, décentralisation/ démantèlement des services publics, réduction des budgets publics, sociaux et étouffement des mouvements associatifs d’éducation populaire, destruction des retraites et de la sécurité sociale... L’addition commence à être lourde.

Se contenter du minimum ?

La régression est dans tous les domaines. La politique gouvernementale vise à redistribuer les richesses en faveur des classes aisées et de répartir au mieux la pénurie pour le reste de la population qui oublie parfois qu’elle représente une majorité.

Pour ces 70 % de la population qui gagnent moins de 1 500 euros par mois, la promesse est celle du minimum dans tous les domaines.

Retraite minimum avec 20 à 30 % de perte de pouvoir d’achat dès 2008, à terme on pourra parler de retraite minimum pour indigents (RMI). Une retraite de merde pour laquelle il faudra bosser plus, très certainement 42 ans pour le privé comme pour le public.

Sécurité sociale minimum avec la mainmise programmée des mutuelles sur les soins optiques et dentaires (projet de loi sécu pour octobre 2003). Service public minimum avec l’accélération des privatisations, filialisations et l’assèchement budgétaire Emploi minimum avec seulement 10 % de jeunes embauchés pour un premier emploi en contrat à durée indéterminée et la multiplication des plans de licenciements.

La redistribution généralisée des richesses ou le minimum pour ceux et celles qui triment, le choix de société est très clair.

Cela fait beaucoup d’attaques en même temps. Difficile dans ces conditions d’organiser une riposte qui permette d’être efficaces et de l’emporter sur tous les fronts.

En revanche, là où le doute n’est pas permis, c’est qu’une victoire du gouvernement et du MEDEF sur les retraites aurait assurément un effet de dominos. Car si la loi Fillon-Delevoye de destruction des retraites passe en juin ou en juillet, ce sera une défaite politique écrasante pour les retraité(e)s comme pour les salarié(e)s. Il sera difficile après une telle curée de trouver l’énergie pour défendre la Sécu (vote d’une loi à l’automne), les services publics (loi de finances votée en décembre), l’emploi et le pouvoir d’achat également attaqués.

Retrait du projet de loi retraite

Aussi il est important dans l’immédiat de concentrer un maximum de forces pour obtenir le retrait du projet de loi gouvernemental sur les retraites et revendiquer le retour aux 37,5 annuités pour toutes et tous privé/public.

Les grèves de 24 heures à répétition du secteur public même fortement suivies (26 novembre, 3 avril) n’ont en rien entamé la détermination du gouvernement. Il faut donc passer très rapidement à autre chose et opter pour la grève générale interprofessionnelle reconductible jusqu’au retrait du projet de loi gouvernemental sur les retraites.

Une véritable gageure tant l’organisation collective des travailleurs(ses) est faible et la bureaucratie syndicale pesante.

Pourtant il est possible de remédier à l’organisation collective un peu partout par l’entraide, la solidarité entre les différents secteurs professionnels depuis les lieux de travail, et en se structurant à partir des villes et des départements.

Face à la démission des confédérations syndicales, c’est une stratégie d’auto-organisation de la grève par la réunion d’assemblées générales représentatives des personnels, la formation et la coordination de comités de grève qui peut être payante.

Pour l’heure, c’est l’éducation nationale qui est à la pointe de ce mouvement avec des grèves reconductibles qui ont touché successivement avant les congés de Pâques des différentes zones les académies de Créteil, Bordeaux, Rouen, Marseille, Poitiers, Montpellier mais aussi l’Île de la Réunion. La mobilisation de toute la région parisienne dès le 22 avril sera décisive, car beaucoup de regards sont tournées vers elle. De sa détermination dépend l’avenir de la grève partout ailleurs. Ces mouvements de grèves développent des revendications pour les retraites, les statuts, l’emploi et contre la décentralisation. Ils sont soutenus nationalement par la CNT et SUD Éducation et bénéficient souvent de l’appui des intersyndicales locales.

Aux finances où la grève était majoritaire le 3 avril, les assemblées générales se multiplient aux impôts dans plusieurs départements à l’initiative de la CGT et du Syndicat national unifié des impôts (Union syndicale solidaires, majoritaire) et l’idée de grève reconductible monte doucement mais sûrement dans les services sur la question des retraites et de l’emploi.

Les tensions se multiplient à La Poste plus particulièrement dans les centres de tri. A la SNCF à l’exception de SUD Rail, l’intersyndicale temporise et n’envisage rien sans l’aval des confédérations. Mais là aussi des mouvements de grève locaux persistent sur des motifs divers (emploi, conditions de travail).

Dans plusieurs départements les syndicats départementaux de l’Union syndicale solidaires s’épaulent pour préparer la grève générale, interviennent dans les différentes professions. C’est ce que font SNUI, SUD Éducation, SUD Rail et SUD-PTT dans l’Aude par exemple.

C’est la multiplication de grèves reconductibles dans quelques secteurs qui amènera à la grève générale. Il est donc plus que temps de s’y atteler.

Laurent Esquerre