Prestations sociales : Faut faire Caf !

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Depuis plusieurs mois, la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf, l’organisme qui gère nationalement les Caf) procède à la fermeture des accueils publics. À Marseille, les allocataires ont décidé de ne pas se laisser faire.

Les prestations versées par les Caf concernent près de la moitié de la population française. Entre les prestations familiales, les allocations logement, les allocations adulte handicapé, c’est plus de 65 milliards d’euros qui sont versés chaque année par cet organisme qui est censé aider les plus précaires [1]. Sauf qu’aider les plus pauvres, est un gros mot lorsque l’on est un politique ou un bureaucrate. « Vous comprenez ma pauvre dame, le pays est en déficit ! ».

Les dossiers sont déjà tellement compliqués que près d’un million de personnes qui auraient droit au RSA activité ne le demandent pas, mais pour économiser encore plus sur notre dos, la Cnaf a donc décidé de progressivement fermer ses lieux d’accueil. Au début c’était quelques jours pour soi-disant traiter des milliers de dossier en retard. Puis l’excuse de la sécurité des agents et du manque de vigiles a été sortie. Ben oui, attendre des heures pour s’entendre dire qu’il manque un papier et qu’il faut revenir la semaine prochaine, ça énerve et puis c’est bien connu, « les pauvres sont tous des violents ». Résultat des courses, en septembre 2014 (aucun chiffre plus récent n’est disponible), 55 Caf sur 102 ne recevaient que sur rendez-vous. Et vous savez quoi ? Le numéro pour prendre rendez-vous est payant et l’attente est longue… Il n’y a pas de petit profit quand il s’agit de faire raquer les pauvres.

Département test de cette politique, les Bouches-du-Rhône et ses 380 000 allocataires (dont 100 000 pour le seul RSA). À Marseille il n’a pas fallu attendre très longtemps pour que les allocataires se rebiffent et s’organisent.

Solidarité collective et répression

D’abord simple rassemblement d’allocataires et de précaires révolté-e-s par cet énième coup de pioche dans ce qui reste de « social », le Collectif Caf de Marseille a ensuite été constitué, les syndicats de précaires et chômeurs (CNT, CGT) s’ajoutant aux allocataires. La multiplication des distributions de tracts devant les accueils des Caf pour informer les usagers de ce qui se trame dans leur dos afin de mieux les contrôler et moins les informer sur leurs droits a permis de mobiliser largement, au-delà du collectif. La solidarité a aussi aidé à faire avancer des dossiers d’allocataires, en mettant quelques coups de pression.

Face à cette rébellion, la direction de la Caf a décidé d’employer des vigiles pour décourager les membres du collectif de differ. C’est à cette occasion, en janvier 2015, que cinq militants et usagers ont été mis en garde à vue. Malgré cette répression, les manifestations et les dépôts collectifs de dossiers ont continué, rassemblant dans les quartiers nord de Marseille plus d’une centaine d’allocataires.

Aujourd’hui la lutte continue. Cette mobilisation collective des usagers, même si pour l’instant tout reste encore à gagner, montre qu’il n’y a aucune fatalité aux politiques antisociales et libérales que l’on veut nous imposer. L’auto-organisation à la base de celles et ceux qui s’en prennent plein la gueule est naturelle, tout comme la solidarité.

Lutter, de manière organisée, là où l’on vit, là où l’on travaille, là où l’on s’amuse, là où l’on fait ses courses, avec ses voisins et voisines, avec ses collègues, avec les usagers des services publics, avec les employé-e-s des magasins, c’est cela qui fait bouger les choses, c’est cela qui les change.

Commission précarité et solidarité directe d’Alternative libertaire

[1] Rapport annuel de la Cour des comptes 2013, sur www.ccomptes.fr.

 
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