Prisonniers politiques : Acharnement anti-ETA de l’État

Version imprimable de cet article Version imprimable


Lorentxa Guimon, prisonnière politique basque, est détenue au centre pénitentiaire de Rennes dans un état de santé déplorable, bien qu’elle soit libérable. À l’acharnement judiciaire s’ajoute le contexte de l’état d’urgence, qui l’empêche d’avoir accès aux soins nécessaires à sa survie.

Arrêtée en 2003, condamnée à vingt ans de prison pour son appartenance à ETA, Lorentxa Guimon peut bénéficier de la liberté conditionnelle depuis 2014. Elle lui a été accordée le 24 novembre 2015, en raison, notamment, de son état de santé. Cependant, le parquet a fait appel de cette décision, comme il a l’habitude de le faire dans le cadre de « procédures antiterroristes ». Pourtant, maintenir en prison Lorentxa Guimon, qui souffre de la maladie de Crohn depuis 1991, équivaut à mettre sa vie en danger. En effet, son état de santé s’est gravement détérioré, et selon une expertise médicale demandée par sa famille et son avocate, cette aggravation est liée à sa détention.

La maladie de Crohn, maladie inflammatoire chronique du système digestif, rend obligatoire un strict suivi médical, mais son incarcération ne lui permet pas d’y avoir accès. En novembre dernier elle, a été hospitalisée d’urgence, ce qui est rare pour une détenue, et a pu planifier des rendez-vous médicaux. Or, en raison de l’instauration de l’état d’urgence, une grande partie d’entre eux n’ont pu être honorés. Tout déplacement de Lorentxa Guimon nécessite l’intervention du GIGN et du Raid, provoquant des annulations si les effectifs ne sont pas suffisants. En prison, son état de santé et sa souffrance ne font donc qu’empirer avec la complaisance de ­l’État français.

Pratiques injustes

Après la trêve décidée par ETA, qui n’a effectué aucune action armée depuis 2011, un processus de règlement du conflit basque a été instauré. Les signataires de la déclaration de « Paris pour la paix au Pays basque » demandent que « dans le cadre d’un processus de libération mis en œuvre dans un délai raisonnable, il soit mis un terme dans l’intérêt des familles, à la dispersion des prisonnier-e-s basques par des mesures de rapprochement familial et regroupement, et que, dans le respect des droits fondamentaux, soient accordées des mesures d’aménagement de peine aux prisonnier-e-s pouvant légalement en bénéficier et de libération de ceux ou celles qui sont gravement malades ». L’État français préfère un acharnement punitif et vengeur.

Le 9 janvier dernier, en parallèle de manifestations au Pays basque, se tenait une conférence de presse en soutien à Lorentxa Guimon devant la prison des femmes de Rennes. Une manifestation a aussi eu lieu à Rennes le 20 février pour exiger sa mise en liberté. Cet article a été écrit avant le rendu de la cour d’appel qui a statué le 25 février sur la possible libération de la détenue et donc sur son sort médical. Quelle que soit sa décision, nous continuerons à affirmer notre solidarité avec Lorentxa Guimon et à dénoncer les pratiques injustes et intolérables de la « justice ».

Lucie et Quentin (AL Rennes)

Edit : Lorentxa Guimon est finalement sortie de prison ce 1er mars 2016 et a pu rejoindre le Pays Basque avec sa famille, mais nécessite un très lourd suivi médical.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut