Proche-Orient : Des légions d’horreurs

Version imprimable de cet article Version imprimable


La situation au Proche-Orient révèle chaque jour un peu plus le cynisme des dirigeants français et occidentaux, qui sous prétexte de défendre les populations ou de combattre le terrorisme cherchent avant tout à sauvegarder leurs intérêts. Et, de Paris à Alep en passant par Raqqa, les peuples trinquent.

L’intervention militaire russe au côté de Bachar el-Assad et de ­l’Iran a changé la donne en Syrie et au Proche-Orient. Militairement, le rapport de forces a été inversé, de la défensive, l’armée du régime est passée à l’offensive. Elle a regagné un peu du terrain perdu en 2015, elle a marqué des points importants pour réaliser l’objectif stratégique de reprendre le contrôle des frontières avec la Jordanie et la Turquie. Les bombardements aériens russes ont considérablement dégradé les capacités opérationnelles de toutes les tendances de l’opposition armée, y compris Daech.

La trêve : un répit pour obtenir des renforts

Le régime en ressort renforcé politiquement, Assad ne pourra pas être renversé par des moyens militaires, la revendication de ses ennemis qu’il démissionne en préalable à toute négociation est devenue intenable. Les États-Unis et la France se sont déjà faits à ­l’idée qu’il reste au pouvoir pendant une période transitoire. ­L’Arabie Saoudite et la Turquie refusent toujours catégoriquement, mais que peuvent-ils faire ? Intervenir directement c’est courir le risque d’une guerre avec la Russie aux conséquences incontrôlables – une perspective qui inquiète la Maison Blanche.

Ce nouveau rapport de forces a contraint Obama à s’entendre avec Poutine sur une « cessation des hostilités » partielle, qui s’est traduite par une accalmie des combats à partir du 27 février. Cependant, la paix est lointaine :­­ pour l’un comme pour l’autre ce n’est qu’une trêve tactique. Les rebelles soutenus par Washington ont besoin de répit pour obtenir des renforts en combattants, regarnir leurs arsenaux et réorganiser leurs lignes de défense. L’armée régulière et ses alliés peuvent redéployer leurs forces contre Daech et le Front Al-Nosra qui ne sont pas concernés par l’accord et, avec l’aide de l’aviation russe, ils continuent leur progression. Les combats à grande échelle peuvent repartir à tout moment.

Le camp occidental est mis en échec. L’impérialisme russe revient en force au Proche-Orient après la longue éclipse qui a suivi la fin de l’URSS. Comment en est-on arrivé là ?La stratégie syrienne des Occidentaux est erronée à la base, elle repose sur l’affirmation que la rébellion modérée est en capacité de vaincre militairement Assad et Daech à la fois. Mais ce n’est pas le cas. Le fait qu’ils s’accrochent à cette illusion montre l’impasse où ils se trouvent.

La guerre n’est plus circonscrite à la Syrie ou au Proche-Orient, ses conséquence atteignent l’Europe et mettent en danger la cohésion du camp occidental. Les remous provoqués par la vague de réfugié-e-s syriens font tanguer l’UE : les mouvements nationalistes et xénophobes se développent ; les États membres se déchirent sur la politique à adopter ; la forteresse Europe se renforce mais se fragmente, au point que l’espace Schengen est menacé, une des réalisations emblématiques de la construction européenne. L’UE est restée intransigeante sur ses grands principes, tant que les pays voisins de la Syrie étaient concernés maintenant qu’elle est touchée à son tour, le départ d’Assad n’est plus la priorité.

La force de Poutine est d’avoir une politique claire depuis 2011 : soutien au pouvoir en place, lutte sans merci contre les djihadistes salafistes. Alors que les Occidentaux sont affaiblis par leurs doubles discours, leurs arrière-pensées et leur hypocrisie. Le cas français est exemplaire, les discours démocratico-humanitaires de la classe dirigeante cachent mal ce qui motive réellement sa politique syrienne. Paris dénonce Bachar le boucher mais ne dit mot contre la sale guerre d’Erdogan contre les Kurdes, au contraire, elle accepte de céder à son chantage aux réfugié-e-s en acceptant que l’UE lui verse une rançon de plusieurs milliards d’euros. Pas de dénonciation non plus de l’invasion du Yemen par l’Arabie saoudite et des bombardements de civils qui n’ont rien à envier à ceux du régime de Damas. Au contraire, Hollande n’hésite pas à décorer le prince héritier de la Légion d’honneur.

Ventes d’armes à l’Arabie saoudite

Il en est de même de la lutte antiterroriste, le pouvoir impose l’état d’urgence qui sert surtout à réprimer les mouvements sociaux mais elle ne fait rien contre les pays qui soutiennent le terrorisme islamique. Rien contre la théocratie saoudienne source de l’idéologie wahhabite adoptée par Al-Quaïda et Daech et qui les financent généreusement. Rien contre la Turquie qui leur sert de base arrière et finance Daech à travers le trafic de pétrole. La position de l’Élysée sur la Syrie est déterminée par les importants investissements de la bourgeoisie française en Turquie et par les très rentables ventes d’armes à l’Arabie saoudite et ses acolytes du Golfe. Comme les impérialismes américains ou russes, l’impérialisme français est résolu à combattre pour ses intérêts jusqu’aux derniers Syriens et Syriennes.

Hervé (AL Marseille)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut