Propagande à l’école : Vous reprendrez bien un peu de théorie libérale ?

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Depuis la rentrée, les élèves de seconde et les professeur-e-s expérimentent les « enseignements d’exploration » qui remplacent les « options » d’avant la réforme des lycées, annoncée et mise en place aux forceps dans le courant de l’année dernière. Parmi ces enseignements d’exploration, deux particulièrement font débat.

Depuis la réforme des lycées, les élèves de seconde doivent désormais choisir, a minima, l’une de ces deux options : Sciences économiques et sociales (SES) ou Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion (PFEG). C’est donc désormais économie pour toutes et tous, ce qui, en soi, serait plutôt une bonne chose si le fond et la forme de ces deux matières n’étaient pas sujets à caution !

Des horaires divisés par deux

D’abord, le volume horaire est divisé par deux : de trois heures d’option on passe à une heure et demie par semaine. Soit, selon les programmes, 52 heures annuelles (et en classe entière ! ) pour « explorer » l’économie. Car désormais, Mesdames, Messieurs, on « explore », on « sensibilise », on met les élèves « en situation d’activité intellectuelle ». S’il y avait un concours de périphrase, le ministre de l’Education aurait une bonne tête de vainqueur. Et on évalue les compétences (mais sans noter), sachant qu’en fin d’année les élèves ne sont pas censés maîtriser de notions théoriques. Bref, on peut leur mettre un bon reportage de M6 sur l’industrie du maillot de bain et le boom de l’épilation par lumière pulsée et le tour est joué : ils auront le cerveau disponible pour qu’on leur vende les théories dominantes.

Propagande libérale

Car, sur le fond, le toilettage idéologique est très orienté. Il y a des sujets qui fâchent ou qui ne sont pas très glamour ? Qu’à cela ne tienne, on les supprime du programme ! Ainsi, le chômage n’existe plus. Exit également la pauvreté, la famille, l’organisation du travail, les syndicats, les inégalités de revenus, le partage de la valeur ajoutée, le pouvoir d’achat. Quant aux sciences sociales, elles sont quasi absentes du programme. Les motivations idéologiques d’un tel rognage ne sont pas difficiles à comprendre : le cadre utilisé pour les programmes est la théorie néo-classique, la théorie de l’équilibre, qui est inadaptée à l’analyse des crises et à la prise en compte des facteurs sociaux dans le processus économique. Et c’est surtout la théorie du pouvoir en place, la théorie qui sert le capitalisme.

Former un électorat passif

L’objectif est sans doute de former des consommateurs dociles, un électorat passif, habitué dès son plus jeune âge à penser en termes quantitatifs, qui connaîtra le sens du mot rentabilité, maîtrisera les notions d’investissement de capital, de profit. Les protestations des professeur-e-s n’auront pas suffit pour arrêter la propagande ouvertement libérale de cette « exploration ». Les programmes de première, qui seront mis en place à la rentrée prochaine, sont actuellement débattus et seront connus dans le cours de l’année. A suivre.

Gaëlle, professeure (AL Angers)

 
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