Psychiatrie : À Paris, la fusion des colères est en cours

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Ras le bol du mépris, de la pénurie, des cadences éreintantes. Après la lutte radicale menée au Havre et à Rouen, ce sont les personnels de Sainte-Anne, Maison-Blanche et Perray-Vaucluse qui prennent le relais.

Les hôpitaux psychiatriques Sainte-Anne et Maison-Blanche (Paris) et Perray-Vaucluse (Essonne) vont fusionner le 1er janvier 2019 en une entité unique appelée Groupement hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie et neurosciences.

Si les mobilisations des salarié.es n’avaient pu empêcher la fusion et les restructurations de services, le « protocole social » présenté par la direction a mis le feu aux poudres.

Les agents risquent de perdre 5 à 12 jours de leurs repos selon les hôpitaux et les années, les crèches hospitalières sont sacrifiées au profit de structures inadaptées aux horaires décalés, les œuvres sociales réduites, les primes menacées.

Dès la fin juin, des assemblées générales ont été organisées sur les principaux sites, avec des temps forts à ­Sainte-Anne, où les séances de négociations ont été systématiquement envahies par le personnel.

Rapidement, de jeunes collègues ont investi les réseaux sociaux, et la page Facebook Psychiatrie parisienne unifiée a servi de haut-parleur sur les dizaines de sites qui composent le GHU.

L’AG tient l’intersyndicale unie

Ce canal a permis de maintenir la pression tout au long de l’été, notamment par l’organisation d’un con­cours de banderoles entre les différents services. Au côté de l’inter­syndicale l’objectif a été, tout l’été, d’organiser une journée de grève et de manifestations le 6 septembre. Ce travail commun et la popularisation de la lutte ont fait de cette journée une réussite au-delà de toute attente. Plus de 1 200 salarié.es du GHU ont défilé jusqu’à l’hôtel de ville, future autorité de tutelle, rejoints par des délégations d’autres hôpitaux psy en lutte : Rouen, les « perché.es » du ­Havre (lire AL de septembre) et ­d’Amiens (lire AL du mois prochain).

Cette manifestation, historique par son ampleur, a permis la reconduction de la grève et la poursuite des négociations que la direction voulait clore le 10 septembre.

Malgré des différences de cultures et de positions, l’intersyndicale (3 sections SUD, 3 CGT, 2 FO, 1 CFDT, 1 CGC) parvient à maintenir un front commun. Un accord pour maintenir le rapport de force semble avoir été trouvé. Mais la recherche de consensus et le choc des pratiques ont pu ralentir le travail unitaire et la diffusion de l’information.

Manifestation du 24 septembre 2018 lors de la négociation avec la direction

Le succès et la combativité de la lutte doit beaucoup à une nouvelle génération de collègues, syndiqué.es ou non. Fort.es d’expériences militantes variées, ils et elles ont su placer les AG au centre des décisions et dépasser les vieilles inimités intersyndicales.

Pour autant, il s’agit maintenant de diversifier les formes d’actions. Peut-on agir lorsque l’assignation nous oblige à travailler ? Doit-on imiter d’autres collectifs et lancer des occupations ? Quelle coordination avec les autres hôpitaux en lutte ?

Ce qui est certain, c’est que tout syndicat qui signera un accord défavorable devra s’en expliquer devant l’AG. À trois mois des élections professionnelles, même les plus réformistes y réfléchiront à deux fois.

Brassac (AL Paris nord-est)

 
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