Dossier CPE : Syndicalisme étudiant : qu’avons-nous construit ?

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À court terme, le mouvement de 2006 a renforcé le syndicalisme étudiant de lutte. Il a aussi ouvert une séquence de contestation forte dans les universités, avec des mobilisations d’ampleur nationale tous les ans ou tous les deux ans, jusqu’en 2010 – mais pas au-delà. Comment construire un rapport de forces durable à partir de ce type de lutte emblématique qui fédère largement mais ne se produit pas tous les jours ?


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- Des livres sur la lutte


La lutte de 2006 s’est appuyée sur le syndicalisme étudiant de lutte – Sud-Étudiant, Fédération syndicale étudiante (FSE), CNT ; elle en a aussi accéléré la construction. Présent dans deux fois plus d’établissements, il a gagné en adhérents et adhérentes, en structuration, en légitimité auprès des étudiantes et étudiants.

En 2007, le Ve congrès de Sud-Étudiant va dans le sens d’une coordination accrue de ses activités et met ses militants et militantes en ordre de bataille pour affronter la première réforme de la présidence Sarkozy : la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU). Le CPE, ce n’était qu’un début et nous nous pensions invincibles. Qu’en reste-t-il dix ans après ?

Grève et syndicalisation

Les universités se sont de nouveau mobilisées en 2007 donc, puis en 2009, contre la LRU, et en 2010 dans le cadre de la mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites. C’est dire les effets de la lutte de 2006 du point de vue de la combativité et des savoir-faire militants. Autant de défaites cependant, sous des gouvernements de droite offensifs, contre des réformes plus difficiles à expliquer que la mise en place d’un contrat de travail ostensiblement inique.

Acquis de la lutte de 2006 : la diffusion large de pratiques reproduites ensuite. Mais suffit-il d’utiliser les mêmes modes d’action d’une année sur l’autre, parfois jusqu’à l’épuisement de recettes vidées de leur signification, pour gagner ? Suffit-il d’animer des mobilisations de masse et d’y gagner des batailles décisives sur l’auto-organisation ou l’intensité du rapport de forces pour impliquer durablement un nombre suffisant de personnes dans notre combat ?

De toute évidence, les dizaines de milliers d’étudiants et étudiantes grévistes des années 2000 ne sont pas tous et toutes devenu-e-s révolutionnaires, ni même militants sur leur lieu de travail.

Les syndicats de lutte ont pu s’enfermer dans une stratégie qui revenait à compter simplement sur la construction – indispensable – de grèves pour recruter et convaincre.

En 2011, trois quarts des militants de la FSE et de Sud-Étudiant y étaient entré-e-s pendant ou après un mouvement étudiant, contre seulement la moitié pour l’Unef [1]. Ce n’est qu’en 2014 que le syndicalisme de lutte a entamé une rentrée sur une campagne de syndicalisation plutôt que sur un projet de mobilisation.

Et maintenant ? En période de reflux des luttes, il n’y a pas d’autre solution que de construire les outils des suivantes, qui ne naîtront pas de rien : (se) syndiquer, convaincre de l’utilité de l’organisation collective par de petites victoires, faire vivre les organisations où se transmet l’expérience des grèves.

Julie (AL Saint-Denis)

[1Questionnaire du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants diffusé lors des congrès de 2011 des trois syndicats.

 
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