Quand la révolution sandiniste suscitait l’espoir

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La victoire sandiniste au Nicaragua et ses réalisation progressistes dans le pays suscitèrent un grand enthousiasme, et entraînèrent un important soutien international, entre autres dans le conflit avec les Contras.

Le triomphe du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) qui abat la dictature de Somoza et prend le pouvoir à Managua le 19 juillet 1979, un après le début d’une insurrection généralisée, consacre 15 ans de lutte armée et politique dans un pays de «  l’arrière-cour  » de l’impérialisme étatsunien. Cette victoire d’un authentique soulèvement populaire suscite l’enthousiasme d’une grande partie de la gauche révolutionnaire dans le monde qui soutient le FSLN et ses réalisations progressistes (éducation, santé, expropriation des grands propriétaires terriens et réforme agraire, nationalisations de secteurs clés de l’économie). Dans le contexte de la guerre froide, cette expérience apparaît aussi comme une alternative de gauche crédible au «  socialisme bureaucratique  » incarné par l’Union soviétique et ses satellites. Les États-Unis, qui ne tolèrent pas l’existence d’un régime progressiste au coeur même de leur pré carré, financent et arment les Contras qui mènent une guerre contre-révolutionnaire contre les Sandinistes. Au cours des années 1980, c’est toute l’Amérique centrale qui s’embrase dans un affrontement entre les forces de gauche et les dictatures militaires d’extrême droite soutenues par l’administration Reagan, qui, fidèle à la théorie des dominos et à la stratégie de l’endiguement, veut éviter la contagion «  rouge  » à sa porte  : au Salvador, la guerilla marxiste du Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLM) fondée en 1980 et appuyée par Cuba et le Nicaragua, pour faire face à la répression du pouvoir, monte en puissance et lance une offensive contre la Junte militaire qui multiplie les escadrons de la mort. Ces groupes paramilitaires, dont de nombreux membres ont été formés à la contre-insurrection par l’armée américaine au sein l’École des Amériques mènent une campagne de terreur contre l’opposition, avec l’exécution et la torture de membres du FMLM, de syndicalistes, de prêtres, et contre le peuple dans son ensemble avec des massacres de masse de civils. Au Guatemala, le même type de conflit asymétrique et meurtrier oppose les guérillas de gauche à la dictature militaire.

Un écho dans le jeunesse révoltée

Le soutien international au Nicaragua s’organise avec la création de comités de solidarité dans de nombreux pays et se traduit par le séjour dans le pays, au sein de brigades internationalistes de volontaires, de militants d’extrême gauche, libertaires ou encore chrétiens se réclamant de la théologie de la libération, venus notamment d’Europe pour participer à la révolution sandiniste, en tant que coopérants civils. Le 28 juillet 1986, Joël Fieux, libertaire français de 28 ans naturalisé nicaraguayen est assassiné dans une embuscade des Contras aux côtés deux autres militants européens Yvan Leyvraz, suisse, et, Bernd Koberstein, allemand et de deux sandinistes nicaraguayens William Blandon et Mario Acevedo. [1]

Enfin, la révolution nicaraguayenne rencontre également un écho dans la jeunesse révoltée du monde occidental, en partie à travers les références de groupes musicaux de punk-rock  : dans les textes des Bérurier Noir «  Salut à toi le sandiniste  !  », la chanson du groupe basque Kortatu Nicaragua Sandinista et surtout le triple-album de The Clash intitulé Sandinista qui paraît en 1980 et connaît un immense succès notamment aux États-Unis consacré par une tournée triomphale dans l’Amérique de Reagan.

Le passage dans l’opposition du FSLN après la défaite électorale d’Ortega à la présidentielle de 1990 sonne le glas de l’intérêt de la gauche européenne pour le Nicaragua et de la référence au sandinisme. En 1996, le réalisateur anglais Ken Loach, mettra un coup de projecteur sur cette page de l’histoire avec son film Carla’s Song, récit d’une romance qui amène un chauffeur de bus écossais amoureux d’une réfugiée nicaraguayenne au coeur de la révolution et des atrocités des Contras.

Clément G. (AL Paris Nord-Est)

[1Lire « Fieux assassiné par la contra » sur Rebellyon.info et Joël Fieux : paroles et écrits, textes rassemblés par ses amis, Atelier de Création libertaire.

 
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