Quartiers populaires : Violences policières : été meurtrier !

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Cet été encore, la police a commis des violences en toute impunité, et la jeunesse s’est révoltée encore une fois. Le mouvement social doit agir contre ces violences policières racistes.

Il n’y a pas lieu de s’étonner d’un tel déchaînement de violence policière cet été, car l’année dernière, la justice a clairement fait passer le message à la police qu’elle peut tuer en toute impunité. Dans l’affaire Ali Ziri, assassiné à Argenteuil en juin 2009, le parquet a déclaré l’année dernière qu’il n’y avait pas de suspicion de bavures. En octobre dernier, ce sont les policiers impliqués dans la mort de Moushin et Lakhamy en novembre 2007 à Villiers-le-Bel qui étaient acquittés, tandis qu’au mois de juin dernier, des jeunes accusés d’avoir tiré sur des policiers lors des révoltes qui avaient suivi ont été condamnés à des peines de trois à quinze ans de prison. Le message est clair : la police peut tuer sans être inquiétée, en revanche lorsqu’on est enfant d’immigré vivant en cité, on peut être tué ou condamné sans preuve sans que ça ne dérange personne !

Cet été, ce fut Karim Boudouda à Grenoble dans la cité de la Villeneuve, ainsi qu’un jeune gitan, Luigi Duquenet à Saint-Aignant dans le Cher, qui ont tous les deux été tués respectivement par la Bac et les gendarmes ; dans les deux cas ces « bavures » ont été suivies de révolte. Quatre jours d’affrontements ont suivi à la Villeneuve et à Saint-Aignant le commissariat a été attaqué à coups de hache.

Quelles réactions ?

Encore une fois le mouvement social reste dépassé par ces révoltes et brille par l’absence de dénonciations de ces meurtres policiers. Il n’y a jamais besoin d’attendre très longtemps des réactions lorsqu’il s’agit de la répression des mouvements sociaux, mais les violences policières et la répression carcérale que subit la jeunesse des cités semblent être une autre paire de manche. Un braqueur de la Villeneuve et un gitan suspecté de cambriolage, après tout ne seraient-ils pas responsables de leur sort ? Ce doit pourtant être notre rôle de rappeler qu’on est un être humain même si on est truand !

Il devrait être de notre devoir également de rappeler qu’on ne devient pas délinquant, dealeur, cambrioleur ou braqueur sans lien avec un déterminisme social injuste. On ne risque pas sa vie et sa liberté dans l’illégalité par plaisir, or pour la population la plus exclue, paupérisée et victime de racisme et de discrimination de ce pays, l’illégalité est parfois la seule activité qui a le mérite d’embaucher et de payer plus que le Smic ! Notre rôle est également de démontrer et dénoncer l’aspect raciste de ces crimes policiers depuis trente ans, ainsi que le deux poids deux mesures de la justice de classe de ce pays : si pour le jeune braqueur de la Villeneuve la mort fut de mise, il est à parier que Liliane Bettencourt ne mettra pas un pied en prison pour son évasion fiscale. La politique de la chaise vide du mouvement social sur ces questions doit cesser. On ne peut pas juger ni la stratégie de l’illégalité, ni l’aspect émeutier des révoltes si on est pas capable de s’engager sur la question des violences policières, des discriminations et du chômage que connaissent les cités et la communauté tsigane. Il faut être capable de démontrer que la stratégie de la lutte collective est la seule permettant de changer le rapport de force face au pouvoir. Le mouvement social doit passer un cap sur ces questions.

Nicolas Pasadena (AL77)


 
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