antifascisme

Québec : Comment nous avons crissé dehors Marine Le Pen

Version imprimable de cet article Version imprimable


[Photos] La virée politique de la présidente du FN dans la Belle Province a tourné au fiasco. En à peine deux jours, les milieux militants québécois et montréalais se sont mobilisés pour lui en faire voir de toutes les couleurs. Elle s’en souviendra ! Refugees welcome ! Fascists out !

Vendredi 18 mars, le Québec commençait à bruisser d’une étrange rumeur : Marine Le Pen, dirigeante du « principal parti de France », devait prochainement débarquer à Montréal. « Mais que vient-elle faire chez nous ? » Démontrer sa stature internationale ? « Ah ouais ! Compte sur nous pour ça, ma grande ! » Les militants et les militantes scrutent bientôt l’agenda de sa venue. Le Québec est connu pour son hospitalité, pas question de faire mentir cette réputation.

Les milieux de la gauche radicale ne sont pas les seuls à s’émouvoir : l’ensemble de la classe politique réagit, et même le milieu culturel… Marine, c’est là que ton cauchemar commence.

Les milieux politiciens et culturels tournent le dos au FN

Dès avant son arrivée, les politiciens de tous bords ont annoncé qu’ils et elles refusaient de la rencontrer, certains même avec des formules fracassantes. Bernard Drainville, député du Parti québécois (PQ), a déclaré qu’elle devrait « rentrer chez elle aussitôt débarquée de l’avion ». Agacée, Marine Le Pen a qualifié le Canada et sa politique d’accueil des migrant.e.s de « pays des Bisounours ».

Cependant, ces politiciens sont-ils si vertueux ? N’oublions pas que le PQ a polarisé le Québec avec un projet de « Charte des valeurs » passablement xénophobe, et que le Premier ministre, Couillard, refuse certes de s’afficher avec Marine Le Pen, mais ne voit aucun problème à se pavaner avec les princes de l’Arabie Saoudite.

Les milieux culturels ont eux aussi fait une démonstration d’hostilité à Le Pen, dont le voyage tombait au même moment que le Gala du cinéma québécois. De la tribune où on lui remettait un prix, le cinéaste d’origine chilienne Patricio Henriquez y est allé d’une salve antifasciste, s’attirant une ovation debout de l’ensemble de l’assistance.

A Québec, le point presse est perturbé

La dirigeante du FN a, enfin, eu maille à partir avec la gauche radicale. Sa conférence de presse du 20 mars, à Québec, a été perturbé par plusieurs dizaines d’internationalistes et d’antifascistes. Les camarades ont envahi la salle et déroulé des bannières en scandant des slogans hostiles dont « la jeunesse emmerde le Front national ». La garde rapprochée de Le Pen, furieuse de voir cette sortie médiatique gâchée par des « bolchos », a distribué quelques coups. Contrariée, Le Pen a lâché un : « Ça suffit les gamins, allez prendre une douche et allez vous coucher ! » Trop tard, les images de cette bousculade ont fait le tour des médias et galvanisé les troupes… Montréal allait prendre le relais.

Photos à Québec : L’Activiste

A Montréal, la petite fête fasciste est annulée

Lundi 21 mars au soir, la veille de son point presse à Montréal, 150 personnes se rassemblaient devant l’hôtel qui accueillait la délégation du FN, pour protester contre sa venue. Au même moment, la section locale des IWW, un syndicat révolutionnaire, faisait savoir que Le Pen était en train de souper à la Station des sports, dans le quartier Centre-Sud.

La dirigeante du FN devait rencontrer ses sympathisants et quelques fascistes québécois dans le sous-sol miteux d’un restaurant appartenant à Peter Sergakis, un riche propriétaire de bars, de restaurants et d’immeubles, d’origine grecque et sympathisant d’Aube dorée.

Mais lorsqu’elle a voulu quitter ses partisans pour se rendre à Radio Canada, surprise : une soixantaine d’antifas ont bloqué son camion ! Il lui a fallu attendre l’intervention de la police pour pouvoir bouger. Des affrontements se sont ensuivis une bonne partie de la soirée, tantôt avec des forces anti-émeutes, tantôt avec des fachos locaux, frustrés de voir leur petite fête gâchée.

Marine n’a pu revenir terminer la soirée avec ses amis, comme prévu. Les fachos ont dû quitter peu à peu les lieux, penauds, certains même par la porte de derrière.

L’hôtel lui-même a fini par lui demander de partir, craignant que son image soit associée au FN. Un beau fiasco, grâce à la mobilisation antifasciste !

Photos à Montréal : Cédric Martin

Seuls les médias lui ont déroulé le tapis rouge

Ses conseillers auraient pu lui donner quelques cours d’histoire. Au moins lui rappeler que le Québec n’est plus cette colonie jadis nommée Nouvelle-France, où il suffisait aux Français de débarquer pour faire ce qu’ils voulaient. Le Québec a ses propres débats politiques, et n’a pas besoin que le Front national vienne lui indiquer la voie à suivre.

Seul élément positif pour Marine Le Pen : la complaisance des médias. Certes, tout le monde s’attendait à ce que les radio-poubelles allaient lui servir la soupe. Mais pas à ce que les médias nationaux lui offrent une tribune, TVA allant jusqu’à l’inviter comme « experte » pour évoquer les attentats de Bruxelles ! C’est ainsi que Marine Le Pen a pu profiter d’une couverture médiatique disproportionnée, alors que son voyage virait au fiasco politique et diplomatique.

Bref, Marine, nous espérons que tu as détesté ton passage ici. Nous espérons que plus jamais tu ne verras le Québec comme une terre où tu pourrais diffuser tes idées merdiques. Nos camarades français n’ont pas le choix, tu fais partie de leur paysage. Mai ici, heureusement, tu n’es rien.

Gustave Mauk (Montréal)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut