Québec : Pour les prolos, tout augmentera sauf les salaires

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Une lame de fond néolibérale déferle. Le gouvernement de centre-droit du Parti libéral du Québec dévoile son nouveau budget : une grande campagne de démantèlement des services publics visant à faire payer la crise aux populations les plus pauvres.

Le Québec conservait jusqu’ici quelques avantages sociaux, contrairement aux autres provinces canadiennes. Une Sécurité sociale donnant lieu à une véritable gratuité des soins de santé ainsi que des frais de scolarité relativement abordables restaient encore de vigueur. Mais pour renflouer les caisses fédérales vidées par les cadeaux fait aux banques ainsi que par les exonérations fiscales des entreprises, le gouvernement compte piocher directement dans le portefeuille des travailleurs. Bon nombre de secteurs vont donc être touchés, les salaires de l’ensemble des travailleurs de la fonction publique seront gelés jusqu’en 2014, plusieurs centaines de postes seront supprimés dans l’éducation et tout nouveau service public sera désormais entièrement à la charge des usagères et des usagers.

Mais plus encore, le ministre du Budget, Raymond Bachand, a décidé que, pour les prolétaires, tout augmenterait sauf les salaires. Le prix de l’électricité et la taxe sur l’essence seront augmentés de 15 %, les frais d’inscription à l’université décolleront de manière vertigineuse pour s’aligner sur les facs états-uniennes [1] et la TVQ [2] n’aura pas eu besoin d’être repeinte en verte et appelée « taxe carbone » pour augmenter de 2 %. Mais le plus inquiétant reste la destruction du système de santé gratuit, véritable exception en Amérique du Nord.

Il sera demandé à chacun une contribution annuelle de 200 $, quels que soient ses revenus, et une franchise pouvant aller jusqu’à 25 $ pour chaque visite médicale.

La résistance tente de s’organiser et plusieurs manifestations ont déjà eu lieu à travers toute la province... mais surtout portée par les étudiants, seuls habilités à faire la grève. En effet, l’État a tellement encadré le droit de grève au Québec que refuser de travailler n’y est plus un droit fondamental.

Remise en question du droit de grève

Souvenons-nous que Serge Dassault, patron du Figaro et sénateur UMP, disait en 2008 qu’il fallait « interdire la grève politique et la grève de soutien ». Au Québec on en est déjà là : pour qu’une grève soit légale, elle doit être faite dans le cadre d’une négociation de convention collective et être menée par un syndicat accrédité. En pratique, il est interdit de faire grève pour des raisons politiques, de solidarité ou tout autre motif qui n’est pas directement lié à une négociation. Aucun arrêt de travail spontané n’est censément possible, alors que les patrons peuvent légalement mettre à la porte des centaines d’employé-e-s du jour au lendemain pour des raisons économiques. Cet encadrement déjà drastique ne le semblait par encore assez : en décembre 2005, l’État a décrété l’interdiction pure et simple du droit de grève pour les employé-e-s de la fonction publique.

Malgré l’interdiction pour les syndicats d’appeler à la grève, ces derniers étaient tout de même présents en masse dans la rue, pour occuper le Conseil du patronat québécois (CPQ) et la Chambre de commerce où se situe le ministère des Finances. Mais la mobilisation quotidienne n’étant portée que par les étudiants, les précaires et quelques organisations politiques, Union communiste libertaire [3] en tête, la lutte risque d’être âpre pour faire reculer l’État et ce, malgré le ras le bol de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs, bien conscients de payer de leurs poches la crise des banquiers.

Benjamin (AL Aix)

[2TVA québécoise.

[3Organisation « sœur » d’AL au Québec : www.causecommune.net.

 
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