RATP : Zizanie dans le métro

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À la RATP, le mouvement a été victime de l’attitude de la CGT qui, depuis 2003, semble n’avoir toujours pas tiré la leçon de la nullité de la stratégie des « temps forts ». Contre toute attente, l’Unsa a joué un rôle plus utile !

Deux organisations syndicales dominent à la RATP, et deux modèles syndicaux bien distincts : l’Unsa et la CGT. La première est une forcenée de la « négociation » avec la direction et entérine régulièrement les reculs sociaux. La seconde tient un discours oppositionnel, refusant la casse du statut des agents.

Cette grève se présentait mal. L’Unsa n’envisageait pas d’action dure si le projet du gouvernement consistait à aligner le régime de retraite sur celui du secteur public. Quant à la CGT, elle semblait paralysée depuis l’élection présidentielle. SUD-RATP, qui a connu un fort recul à la dernière élection professionnelle, était seul à parler de grève reconductible.

Et pourtant, les rôles se sont inversés : l’Unsa et SUD ont déposé des préavis reconductibles et la CGT a préféré limiter à vingt-quatre heures. Cette dernière allait-elle être débordée par la base ?

Dans les AG, elle a défendu qu’il fallait construire un rapport de forces national pour exiger l’abandon du projet. Mais qu’il était trop tôt pour le faire. Que le 18 octobre ne devait être qu’un avertissement.

L’Unsa pouvait sembler plus radicale, mais en fait elle acceptait la réforme sur le fond. Pour elle il s’agissait de se mobiliser pour obtenir… l’ouverture de négociations pour amender le texte à la marge.

Coup de poignard

Le 18 octobre le mouvement a été un succès (58 % de grévistes). Mais, alors que les AG reconduisaient dans de nombreux terminus, la CGT a tenu bon et a appelé à reprendre le travail ! L’argument martelé était que le mouvement allait s’arrêter à la SNCF et que la RATP serait isolée. La CGT promettait en contrepartie de nouveaux « temps forts » par la suite et… une grève reconductible en novembre, SNCF-RATP tous ensemble !

C’était faire des plans sur la comète : supposer qu’une grève marcherait à la SNCF en novembre ; et supposer que l’Unsa s’alignerait sur cette stratégie.

Mais l’Unsa, mais surtout la plupart des salarié-e-s risquent de refuser leur participation à ces grèves hypothétiques, après le coup de poignard du 18 octobre.

Pour enfoncer le clou, le retrait de la FGAAC de la grève à la SNCF a eu un impact, car l’unité d’action RATP-SNCF était vécu comme un facteur important de réussite du mouvement. Résultat, dès le 19 octobre, les AG ont été très réduites et, même si elles ont reconduit le mouvement, uniquement parmi les roulantes et les roulants (métro, bus et RER), la grève a décliné, sauf sur les RER A et B qui ont tenu plus longtemps.

À long terme cet échec va faire des dégâts. La responsabilité de l’échec risque d’être attribuée sans plus de discernement à la « division syndicale » et cela va nuire à l’union nécessaire pour résister aux attaques futures. A moins que les agents, lassé-e-s de voir leurs conditions de travail et leur avenir n’être l’objet que de luttes de pouvoir, finissent par taper du poing sur la table et décident de s’auto-organiser, comme ce fut le cas en 1995.

Romain le Poulpe (AL Paris-Est), le 19 octobre 2007

 
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