Racisme antimusulman : Riposter à l’islamophobie

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Depuis les terribles assassinats perpétrés à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher, le nombre d’actes islamophobes a explosé. La mobilisation s’organise et des espoirs de riposte large de la part du mouvement social et antiraciste se dessinent enfin.

À la suite des attentats des 7 et 9 janvier dernier, l’islamophobie s’exprime sans retenue, tant de la part d’individus que de l’État. Violences aux personnes, attaques de lieux de culte, et surtout, propos racistes divers, du Crif à ­Sarkozy, jusqu’aux radicaux de gauche proposant une loi pour l’interdiction du voile à la crèche. Retombée perverse de la loi ­Cazeneuve sur le terrorisme (votée à la quasi-unanimité des député-e-s, seul le groupe EE-LV s’étant abstenu) : trois enfants de 8, 9 et 10 ans ont été convoqués au commissariat pour « apologie du terrorisme ».

Réaffirmer l’ordre xénophobe

L’islamophobie que nous constatons depuis plusieurs années, bien que prenant de plus en plus les aspects de la stigmatisation d’une minorité religieuse, est avant tout la construction d’un racisme respectable qui avance avec des arguments progressistes pour se légitimer, en brandissant la laïcité et/ou le féminisme. Si le racisme est moralement condamné en France aujourd’hui et les discriminations juridiquement dénoncées, l’islamophobie (entre autres) est une arme des classes dominantes et de leur laquais intello-médiatiques pour réaffirmer l’ordre xénophobe et postcolonial en France. Ordre qui fut ébranlé par les mouvements de l’immigration et des quartiers populaires (à partir notamment des marches pour l’égalité). Ainsi lors des grèves des travailleurs immigrés de Talbot-Poissy en 1984, le gouvernement Mauroy parlera de grève manipulée par des « intégristes » (sic).

Il ne faut donc pas réduire la question de l’islamophobie à un problème de psychose momentanée, mais y voir une construction dans la durée d’un racisme sournois, racisme d’État légitimé par une partie de la gauche avant que le FN n’en fasse son cheval de bataille. C’est un rouleau compresseur idéologique qui autorise la suppression des libertés, la justification des guerres impérialistes et des discriminations (lois de 2004, refus du droit de vote des étrangers). Comme toutes les discriminations, elles facilitent la précarité et l’exploitation du prolétariat et sont un formidable écran de fumée pour faire passer les mesures antisociales (loi Macron actuellement, hier les mesures sur les retraites) et diviser les travailleurs.

La gauche divisée

Enfin, l’islamophobie est un racisme qui divise la gauche et le mouvement social. On ne peut que se réjouir du caractère unitaire des ripostes qui ont eu ou vont avoir lieu (meeting du 6 mars à Saint-Denis, convergence pour le 21 mars « Ensemble contre tous les racismes et le fascisme », « Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation », forum à Gennevilliers le 9 mai 2015) . Mais après plus de dix années de divisions sur cette question, tout n’est pas réglé.

On a pu encore le constater le 6 mars avec l’appel de l’UOIF au meeting de Saint-Denis. Il faut refuser le chantage qui a suivi dans certains médias à ce propos pour discréditer les participants. Clarifions les choses : nous combattons sans ambiguïté les positions réactionnaires portées par l’UOIF (laquelle a participé aux Manifs pour tous et qui appelait au meeting du 6 mars, probablement sous la pression de sa base populaire qui subit l’islamophobie de plein fouet) mais il aurait été absurde de vouloir mener ce combat en refusant la présence... d’organisations musulmanes.

Alternative libertaire a tranché la question en appelant au meeting sur la base de l’appel intitulé « Contre l’union sacrée, pour une union antiraciste et populaire » :
- dénonçant « une mythique "unité nationale" » visant à « diviser ceux qui devraient être unis et à unir ceux qui devraient être divisés » ainsi qu’à « réunir en un seul camp les classes dominantes de France et les Français qu’elles exploitent pour les opposer aux populations issues de l’immigration » ;
- dénonçant dans la foulée « l’offensive libérale de grande ampleur qui se traduit en France par l’adoption de la loi Macron et l’accentuation des politiques d’austérité dont les premières victimes sont les couches populaires ».

Nicolas Pasadena et Jean-Marc Capellero (commission antiraciste)

 
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