Redjdal Ouramdane (gréviste) : “À Peugeot, le moral est excellent !”

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La grève chez Peugeot-Citroën (PSA) à Aulnay-sous-Bois (93) n’a pas peu contribué au petit climat de lutte sociale inhabituel de ces dernières semaines. Redjdal Ouramdane est “moniteur” à Aulnay selon la terminologie Peugeot. Il a milité pendant 22 ans à la CGT, avant de la quitter considérant que l’indépendance politique de la section était mise à mal (en l’occurrence par Lutte ouvrière). Il a alors créé avec trois camarades, en 2004, Sud-Auto, aujourd’hui troisième syndicat aux élections DP et CE avec 9 % des voix, derrière le syndicat jaune SIA et la CGT. Le 28 février, la CGT et Sud lançaient une grève pour une augmentation de salaire de 300 euros, la baisse des cadences, un salaire minimal d’embauche à 1 525 euros nets et l’embauche de 700 intérimaires. Une grève minoritaire, bien que populaire auprès des salariés-e-s du site.

Alternative libertaire : Comment est le moral des grévistes après quatre semaines de grève ?

Redjdal Ouramdane : Excellent ! Nous sortons tout juste d’un meeting avec Bernard Thibault de la CGT et Annick Coupé de Solidaires, et les gens sont gonflés à bloc. Nous avons à présent dépassé les 500 grévistes sur 5 000 salarié-e-s. Les non-grévistes approuvent le mouvement même si, comme souvent, les arguments pour ne pas débrayer son nombreux : “ mes crédits ”, “ ma famille ”, etc. Néanmoins, les dons abondent à la caisse de grève [Alternative libertaire a envoyé 150 euros, NDLR], et la pétition que nous avons lancée a recueilli plus de 1250 signatures.

AL : La grève a-t-elle été rejointe par beaucoup d’intérimaires ?

R. R. : Il y en a parmi les grévistes. Et ils n’ont pas peur de revendiquer leur embauche définitive à PSA. On compte aussi des gens de la petite maîtrise comme moi, des “ moniteurs ” (je déteste ce mot !). En revanche nous ne comptons que trois ou quatre femmes parmi les grévistes. Les ouvrières sont plus vulnérables face la pression de l’encadrement qui leur promet de petits avantages, de l’avancement… Il y a aussi le cas, qui n’est pas rare, des couples dont le mari appartient à la maîtrise, non gréviste, tandis que la femme est, par exemple, contrôleuse. Évidemment, ça dissuade d’entrer en lutte.

AL :L’activité de l’usine est bien perturbée ?

R. R. : Plus que perturbée ! Alors que 1350 véhicules sortent des chaînes de montage chaque jour en période normale, la production est aujourd’hui tombée à 200, dont la moitié sont plein de défauts. Donc la grève est efficace. Nous sommes aidés par des événements extérieurs, comme cette grève d’un sous-traitant de l’Oise qui d’habitude fournit des sièges à PSA.

De son côté, la direction de l’entreprise ne nous fait pas de cadeaux. Elle exerce des pressions sur tous les organismes extérieurs qui sont susceptibles de nous aider. La mairie UMP d’Aulnay a ainsi refusé d’aider financièrement les grévistes. Mais ça va plus loin. L’hypermarché Carrefour avait accepté de nous donner des bons d’achat mais, après intervention de PSA, a changé d’avis ! Nous sommes mécontent-e-s, et tout ça va se terminer en opération réquisition ! (rire)

En tout cas, on continue. La force des travailleurs, c’est la grève !

Propos recueillis par Guillaume Davranche le 27-03-07


PSA condamné

Le tribunal de Bobigny a condamné PSA, lundi 26 mars, pour l’embauche illégale de cinquante intérimaires depuis le début de la grève. PSA devra régler une amende de 5 000 euros par infraction constatée.

 
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