Réforme du collège : Un coup d’épée dans l’eau contre les inégalités




Depuis le mois de mai, on ne compte plus les personnalités de l’intelligentsia et les politiciens qui interviennent médiatiquement pour contester ou soutenir la réforme « collège 2016 » lancée par Najat Vallaud-Belkacem. Alors que pendant deux mois une majorité des syndicats s’y sont opposés dans l’indifférence générale, il a suffi de quelques voix illustres pour que le sujet s’impose… dans un débat biaisé.

Avec Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Régis Debray, Michel Winock, Philippe Meirieu, Boris Cyrulnik, Antoine Prost et beaucoup d’autres, on ne peut pas dire que l’on manque de « grands hommes » (mais de femmes, si, malgré la féminisation massive du domaine éducatif) pour nous dire que penser de cette réforme. Pourtant le débat prend le tour caricatural d’un affrontement entre républicains réactionnaires élitiste et pédagogues naïfs. Ajoutons à cela les attaques ridicules d’une droite nationaliste (de Sarkozy à Le Pen) ravie d’avoir trouvé en Najat Vallaud-Belkacem une nouvelle cible digne de Taubira. Avec de tels opposants, il y a de quoi réfléchir avant de contester cette réforme.

Manipulations grossières

Quand Le Pen reproche à la réforme d’« éradiquer les derniers vestiges de l’élitisme républicain » ou que Sarkozy prétend qu’elle « va détruire ce qui fait le génie français » pour « niveler au lieu de tirer vers le haut », on pourrait donc en déduire qu’il y a un effort d’égalitarisme, comme le prétend la ministre. Pourtant les options effectivement utilisées pour distinguer une élite scolaire (classes bilangues, langues anciennes) ne disparaissent pas : elles seront simplement moins proposées, ce qui renforcera leur caractère élitiste. Si la ministre voulait vraiment l’égalité, elle généraliserait les langues anciennes et la seconde langue pour tous les élèves dès la sixième.

Que dire des fausses rumeurs habituellement utilisées par l’extrême droite ? Les programmes d’histoire rendraient obligatoire l’enseignement de l’islam mais optionnel celui du christianisme ? Un simple coup d’œil sur les projets de programmes suffit à démontrer que les deux sont obligatoires !

Une belle continuité

La première journée de grève, le 19 mai, a été suivie à hauteur de 50 % dans les collèges. C’est qu’une grande majorité des enseignants et enseignantes n’ont pas été dupes des manipulations gouvernementales. C’est aussi que cette réforme concrétise certains aspects déjà mis en avant par Sarkozy, notamment dans le rapport Darcos rédigé en 2006 par celui qui deviendra en 2007 ministre de l’éducation : autonomie des établissements, renforcement des hiérarchies… Sans surprise, seuls deux syndicats (Unsa et CFDT) soutiennent cette réforme, justement pour cette autonomie.

Certains choix d’enseignements et 20 % de l’horaire global devraient être décidés selon les priorités de l’établissement : quoi de mieux pour distinguer le collège de banlieue (qui privilégiera la préparation au lycée pro) du collège des beaux quartiers (qui visera les classes prépa) ? Et pour mettre en place tout cela, les collèges foisonneront de petits chefs : coordinateurs de cycles, conseils de cycles, référents pour chaque thème interdisciplinaire…

Mais la grève ne s’est pas étendue en juin. C’est surtout le signe d’un manque de confiance dans la force collective et d’une résignation ambiante devant l’obstination d’un gouvernement jusqu’au-boutiste. Il reste un été pour changer ce climat et reprendre la lutte dès la rentrée.

Renaud (AL Alsace)

 
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