Lire : Mbolela, « Réfugié »

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«  L’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde, entend-on. Au nom de ce principe, les Européens laissent mourir des hommes, des femmes et des enfants devant leurs portes. La Méditerranée est devenue la fosse commune de milliers de migrants. [...] Je suis une de ces personnes. En route pour l’Europe, comme tant d’autres migrant-e-s, j’ai été dévalisé par des bandits dans le désert, j’ai dû travailler au noir à Tamanrasset, me cacher durant des mois à Alger, puis franchir clandestinement la frontière au Maroc, où je suis resté bloqué durant quatre longues années. Avec mes camarades, nous nous sommes battu-e-s pour nos droits. J’ai écrit ce livre pour raconter notre histoire.  »

Récit autobiographique d’ «  une odyssée africaine  », Réfugié déroule une histoire parmi tant d’autres, d’un homme, Emmanuel Mbolela. Leader de l’opposition estudiantine congolaise, pour sauver sa peau des griffes de la police de Kabila et de sa dictature qui reprend en bonne partie les bonnes vieilles méthodes du sanguinaire maréchal Mobutu, il décide de prendre le large.

Il quitte son pays, la République démocratique du Congo, avec pour rêve, l’horizon lointain de l’Eldorado européen. Le périple long l’amène à traverser les frontières  : le Cameroun, le Nigeria, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali, l’Algérie puis le Maroc, Emmanuel détaille sa vie faite d’incertitudes et de violence. Violence des passeurs qui se payent sur le dos des malheureux et des malheureuses. Violence des policiers qui pourchassent et tabassent les réfugié.es. Violence, aussi, des douaniers qui à chaque traversée de frontière, se servent sur le tas. Les femmes (pour nombre d’entres elles, mères célibataires) qui accompagnent le groupe d’Emmanuel, sont violées systématiquement pour avoir le droit de franchir la frontière, elles et leurs compagnons d’infortune.

Le livre évoque aussi le racisme profond dont sont victimes ceux et celles qui sont perçu.es dans les rues d’Alger, d’Oujda ou de Rabat comme des «  esclaves  » bons à être lapidé.es.

Emmanuel finit par poser un pied sur le sol européen. Ce sera les Pays-Bas. Et si, à la différence de nombre de ses frères et sœurs, il n’a pas sombré dans une patera au milieu des mers, sa quête d’une vie meilleure se poursuit. Au pays des tulipes, il découvre le froid, la misère, les boulots à la chaîne sous payés, la solitude, l’indifférence.

Réfugié constitue, en dépit de la terrible réalité qu’il évoque, un ouvrage plein d’humanité dans cette solidarité qui se dessine entre ces damné.es de l’exil. Au Maroc, Emmanuel, appuyé par l’inlassable soutien des femmes congolaises réfugié.es comme lui à Rabat, fonde l’Association des réfugiés congolais au Maroc (Arcom) qui impose au régime de Mohamed VI un minimum de reconnaissance de droits aux sans-papiers.

A lire assurément, édité par les très riches et très militantes éditions Libertalia, Réfugié donne de la voix aux sans voix de ce monde. Et c’est là sa principale qualité.

Jérémie (AL Gard)

  • Emmanuel Mbolela, Réfugié, Editions Libertalia, 2017, 258 pages, 10 euro
 
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