Tunisie : Le système Ben Ali

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La révolution met fin à une dictature qui reposait sur deux piliers : un appareil répressif efficace et un soutien inconditionnel des pays occidentaux, dont la France, l’ancienne puissance colonisatrice.

Plutôt que d’appuyer son pouvoir sur l’armée comme en Algérie, Ben Ali a régné grâce a une police tentaculaire : 150 000 policiers pour une population totale de dix millions d’habitantes et habitants ! Son dispositif répressif étaient complété par son parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), comptant plus d’un million de membres et un réseau très dense de mouchards. Les critiques étaient vite repérées et leurs auteurs humilié-e-s, harcelé-e-s, arrêté-e-s, battu-e-s et parfois torturé-e-s.

Le contrôle de la presse

Privées ou publiques, les radios et les télés étaient toutes dirigées par des proches du pouvoir. La publication de journaux était soumise au bon vouloir du ministère de l’Intérieur et les journalistes dissidents étaient emprisonnés. Quand le développement d’internet a donné une tribune aux opposants, le régime a créé une cyberpolice : filtrage de contenu, contrôle étroit des cybercafés, attaques des sites web hébergés à l’étranger, etc.. Le régime contrôlait aussi les émigré-e-s en France et ailleurs à travers les ambassades et les consulats, en particulier par des menaces contre la famille restée au pays.

Un soutien international

Les atteintes constantes aux droits humains n’ont pas empêché les États-Unis, l’Union Européenne (UE) et la France du PS à l’UMP de soutenir fermement Ben Ali. Prompts à donner des leçons de démocratie quand il s’agit de pays ennemis comme Cuba et l’Iran, les pays occidentaux sont complices quand il s’agit de pays amis tel que la Tunisie et le Maroc. À leurs yeux, Ben Ali avait de grandes qualités. C’était un rempart contre l’intégrisme musulman et, comme d’autres dictateurs arabes, il savait agiter l’épouvantail de l’islamisme radical pour être absout de tous ses crimes.

Au niveau économique, sa politique a été d’une parfaite orthodoxie capitaliste : privatisation de services publics et d’entreprises nationalisées après l’indépendance, arrêt des subventions étatiques aux produits de base, ouverture du pays aux capitaux étrangers, etc. Lors d’une rencontre avec Ben Ali en novembre 2008, le président du FMI Dominique Strauss Khan n’a pas manqué de le féliciter : « la politique économique qui est conduite est saine et je pense que c’est un bon exemple à suivre pour beaucoup de pays, qui sont des pays émergents comme la Tunisie […] le jugement que le FMI porte sur la politique tunisienne est très positif ». Enfin, Ben Ali acceptait d’être le supplétif de la lutte menée par l’UE contre l’immigration. Lors d’une visite de Sarkozy en avril 2008, il signe avec lui l’accord sur la gestion concertée des flux migratoires, par lequel la Tunisie accepte le retour d’un plus grand nombre de ses ressortissants en situation irrégulière en France. En juillet 2010, c’est Éric Besson qui signe un accord portant sur la livraison « d’équipements et de matériel » destinés à la lutte contre l’immigration clandestine.

Hervé (AL Marseille)

 
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