Rencontres de St Imier : Vigueur de l’internationalisme libertaire

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La Rencontre internationale de l’anarchisme de Saint-Imier a rassemblé environ 3 000 personnes. Une telle rencontre ne s’était pas tenue depuis le contre-G8 d’Annemasse en 2003, voire même depuis le Forum social libertaire de 2002 à Saint-Ouen si nous comparons avec un événement spécifiquement libertaire.

L’organisation des rencontres de Saint-Imier, qui se déroulèrent du 8 au 12 août, relevait du tour de force, en premier lieu car le projet reposait au départ sur la Organisation socialiste libertaire de Suisse (OSL) avant qu’elle ne soit rejointe par l’Internationale des fédérations anarchistes (Ifa) et d’autres organisations membres d’Anarkismo [1], ainsi que des groupes non affiliés à ces deux courants. Il n’était pas évident non plus de faire coexister toutes les sensibilités, des communistes libertaires aux libertaires autonomes en passant par les anarchistes synthésistes [2] et les anarcho-syndicalistes. Enfin, contrairement aux précédentes rencontres internationales libertaires comme Venise en 1984, Trieste en 1990, Saint-Ouen en 2002 et Annemasse en 2003, c’est la première fois que nous organisions une rencontre internationale dans une ville à taille humaine (5 000 habitants) et où nous étions au contact de la quasi totalité de la population qui nous a réservé du reste un très bon accueil, certains poussant la curiosité jusqu’à participer à cette manifestation.

[*Avancées du combat libertaire*]

Le succès de cette rencontre a été possible notamment grâce au travail d’implantation de l’OSL à Saint-Imier avec le complexe Espace noir qu’anime sa branche jurassienne et grâce à l’immense travail d’organisation mené depuis près de deux ans non seulement avec l’IFA et Anarkismo, mais plus largement avec de nombreux groupes et pas mal de volontaires qui ont pris en charge l’organisation des repas, les traductions et les diverses tâches. Certaines et certains redoutèrent d’abord que la tonalité soit surtout commémorative pour le 140e anniversaire de la création de l’Internationale antiautoritaire après l’expulsion des bakouniniens par les partisans de Marx. Or ces journées furent fortement marquées par les débats politiques, les luttes, la solidarité internationale et les expériences concrètes autogestionnaires et de contre-pouvoir. La rencontre a aussi eu le mérite de faire coexister deux sphères du mouvement libertaire entre d’une part les organisations politiques et anarcho-syndicalistes et d’autre part les groupes se situant entre mouvement autonome et mouvement libertaire comme les squats, centres sociaux, réseaux végétaliens, coopératives et communautés vivant en grandes partie dehors de la sphère marchande. Ces rencontres ont permis de multiplier les débats, les échanges et les contacts politiques. Elles ont témoigné de l’insertion dans le réseau social et de la capacité d’intervention politique des courants présents. S’il y a un point négatif à souligner, c’est la faible place faite aux femmes dans les rencontres en dehors des débats anarcha-féministes. Les tribunes de certains débats étaient même exclusivement masculines. Aucun courant n’est exempt de reproche, Anarkismo y compris. Une fois de plus il y a fort à faire et il ne faut pas ensuite s’étonner si les anarcha-féministes ont brocardé les organisations sur ce qui relève plus d’un manque d’attention que d’un machisme avéré et revendiqué comme tel. La rencontre a également permis de constituer des réseaux dans plusieurs domaines – universitaire et anarcha-féministe entre autres – favorisant un mode de fonctionnement toujours plus horizontal et le développement des initiatives internationales.

[*Rage et espoir*]

Si nous regrettons qu’une déclaration commune finale Anarkismo-Ifa n’ait pu sortir de la rencontre, nous ne pouvons que saluer les efforts de la FA française et d’Anarkismo pour aboutir à un texte commun, malheureusement refusé par les FA italienne et ibérique. Anarkismo était le courant le plus présent avec l’Ifa. Il apparaît aujourd’hui comme le courant libertaire disposant du plus grand nombre d’implantations dans le monde et dont les organisations sont fortement impliquées dans les combats politiques et sociaux de leurs pays. Les rencontres ont permis de découvrir de nombreux courants autonomes qui se caractérisent plus par leur diversité que par leur unité, tout en témoignent d’un dynamisme des expériences de luttes et de contre-pouvoirs dans de nombreux domaines, certains marginaux, d’autres en prises avec la réalité politique et sociale. Enfin nous voudrions terminer sur une note de rage et d’espoir. La rage est celle qui nous animait lorsque nous avons appris le refus des autorités suisses de prendre en compte les visas des camarades communistes libertaires du Maroc et d’Egypte (Mouvement socialiste libertaire). L’espoir, c’est celui qui nous a permis de voir et d’entendre les avancées du combat libertaire en Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Swaziland et en Tunisie. Ainsi, les jeunes camarades de Désobéissance (Tunisie) ont témoigné d’une activité politique prometteuse. Leurs interventions sur les révolutions arabes et la place qu’ils y ont pris ont compté parmi les plus marquantes de cette rencontre. Bref, c’est peu dire que cet événement fera date et qu’il nous donne force et espoir pour affronter les épreuves à venir.

Commission internationale d’AL

[1Anarkismo est un réseau international regroupant la plupart des organisations communistes libertaires

[2Le synthésisme vise à rassembler des communistes libertaires, des anarcho-syndicalistes et des individualistes.

 
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