histoire

Reportage d’outre-tombe : « Les obsèques de Kropotkine » (1921)

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Ils sont tous là : bolcheviks, mencheviks, socialistes-révolutionnaires et bien sûr anarchistes... partisan du régime ou persécuté par lui, nul ne pouvait manquer cet événement crépusculaire à plus d’un titre : les funérailles du vieux révolutionnaire Kropotkine, en février 1921. Ce document exceptionnel valait bien une nouvelle traduction commentée.


Ne ratez pas le dossier spécial 1917
dans Alternative libertaire de juillet-août 2017,
disponible dans les bons kiosques.


Les Funérailles de Kropotkine, 1921 (FR) from Alternative libertaire on Vimeo.

Le 8 février 1921, le vieux révolutionnaire, grand scientifique et principal théoricien de l'anarchisme, Pierre Kropotkine, meurt à l’âge de 78 ans, à Dmitrov, près de Moscou. Le 10 février, le cercueil est acheminé par le train dans la capitale, où le corps est exposé pendant deux jours à la Maison des syndicats. L’enterrement a lieu le 13 février, en présence de 20.000 personnes.

Le Département panrusse de cinéma et de photographie (VFKO) a réalisé un reportage complet sur cet événement.

Aucune tendance libertaire ne pouvait se permettre, politiquement, d’en être absente. Mais d’autres courants ont également tenu à se faire représenter, qu’il s’agisse des socialistes-révolutionnaires, des mencheviks ou des bolcheviks.

Sur ces images exceptionnelles on peut clairement décrypter certaines banderoles. On aperçoit donc :
– les banderoles d'organisations libertaires satellisées par le régime, telles que la Fédération panrusse des anarchistes-communistes et la Section panrusse des anarchistes-universalistes ;
– celle d'une organisation libertaire oppositionnelle : la Confédération anarchiste ukrainienne Nabat (qui, en réalité, a déjà été démantelée à cette date) ;
– l’Union des SR maximalistes, groupement d’extrême gauche prorégime  ;
– un groupement d’anarchistes rapatriés des Etats-Unis, qui en majorité se sont ralliés au régime.

On retrouve une même diversité parmi les anarchistes identifiés à l’écran – dont certains ont été des proches de Kropotkine. Il y a là  :
– des militants qui coopèrent avec le régime soviétique  : German Sandomirski, Alexandre Atabekian, German Askarov, Vladimir Barmach, Alexei Borovoi, Nikolai Lebedev, Tania et Alexandre Schapiro  ;
– d'autres qui, à cette date, sont en train de rompre, comme Alexandre Berkman et Emma Goldman  ;
– des opposants persécutés par le régime, comme Efred Borisovitch Rubinchik-Meyer, Efim Yartchouk, Grigori Maximov, Nikolai Pavlov et Sergei Markus (issus de la Confédération panrusse des anarcho-syndicalistes), mais aussi Lev Tchernyi et Aaron Baron (du Nabat)  ;
– des personnalités indépendantes comme Lidia Gogeliia et Piro ;
– d'autres, enfin, sur lesquels nous n’avons pas d’information : Anosov et la camarade Petrovski.

Devant la tombe, une pléiade d'orateurs et une oratrice prendront la parole : Emma Goldman ; Isaac Steinberg (SR de gauche) ; Alfred Rosmer, syndicaliste révolutionnaire français rallié à Moscou ; Sandomirski ; Nikolai Pavlov ; Aaron Baron, qui retournera en cellule le soir même...

Quelques semaines après ces funérailles, éclateront les grèves de Petrograd et la fameuse révolte de Cronstadt. Le pouvoir communiste décidera alors d'éradiquer tout espace de libre expression. Les organisations anarchistes prorégime en feront les frais, et seront démantelées avant la fin de l'année. Les obsèques de Kropotkine auront donc été la dernière occasion pour elles de manifester publiquement.

Un des animateurs de la confédération anarchiste Nabat, Aaron Baron, est libéré pour la durée des obsèques.

Au sommaire du dossier spécial
d’Alternative libertaire

  • Février-mars 1917 : après les tsaristes, chasser les capitalistes
    • Minoritaires mais galvanisés, les anarchistes prônent l’expropriation tous azimuts
    • un tract de la Fédération anarchiste communiste de Petrograd (mars 1917)
  • Avril-mai : l’irrépressible montée vers l’explosion sociale
    • La première vague libertaire (1905-1908)
    • Anarcho-syndicalistes dans les comités d’usines
  • Juin-juillet : provoquer une insurrection ne suffit pas
    • Le fiasco des journées de juillet
  • Août-septembre : la contre-révolution creuse son propre tombeau
    • Les autres composantes du socialisme russe en 1917
  • Octobre rouge (et noir) : l’assaut dans l’inconnu
    • Une révolutionnaire ukrainienne : Maroussia sort de l’oubli
  • Novembre 1917-avril 1918 : du pluralisme à la révolution confisquée. Quatre points de clivage :
    1. Pouvoir populaire contre pouvoir d’État
    2. Socialisation contre nationalisation
    3. Milices populaires contre armée hiérarchisée
    4. Sur les réquisitions et expropriations
  • Épilogue 1918-1921 : résistance et éradication
 
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